paysage animal

Il n’y a pas de nature vierge. Il n’y a que des territoires où les vivants sont profondément inscrits et qu’ils ont composé jour après jour, les transformant par leur simple présence, par leur respiration, par leur capacité à inventer des usages inouïs – grignotant les sols, tissant les courants d’air, flirtant avec l’eau et le soleil dans d’invraisemblables alchimies. Chaque paysage cristallise ce foisonnement de relations, d’initiatives, de tactiques et de trucages, ce tohu-bohu de trajectoires enchevêtrées, indifférentes aux intérêts et aux projets humains, mais où l’humain lentement s’est imposé.

C’est sous l’angle de cette construction imbriquée du paysage par les humains et les animaux que nous aborderons la saison 03 de paysage>paysages du 20 mars au 20 juin 2019. Voici quelques-uns des temps forts du programme :

Entre chien et loup > Antoine le Menestrel > “Cathédrale” de Voiron > 23 mars 2019 à 19h
En ouverture de paysage-paysages

S’appuyant sur un monument essentiel de la ville, l’église Saint Bruno située au cœur de la cité, Antoine le Menestrel entreprend à mains nues et durant 40 minutes l’ascension verticale de la façade jusqu’à tutoyer le ciel à 67 mètres du sol, comme si la pesanteur ne le concernait pas. Le dialogue est fragile, délicat, magnétique entre cette démesure de l’édifice et ce corps, l’arrogance de ce petit animal humain, de cet oiseau fait homme, lézardant jusqu’à la rosace centrale, papillonnant autour de l’horloge, avant de se couler la tête à l’envers entre les ogives et les corniches. Virtuose des verticalités, Antoine le Menestrel effleure la pierre, la caresse d’un doigt avant de la prendre à bras le corps et de s’élancer à la rencontre des gargouilles, de s’élever sans efforts apparents jusqu’au sommet des clochers.

“Entre chien et loup”
Antoine le Menestrel
Ouverture de paysage-paysages
Eglise Saint Bruno de Voiron
> 23 mars 2019 à 19h

La vigie > Abraham Poincheval > Parc du domaine de Vizille > Dispositif visible àpartir du jeudi 2 mai, puis performance 24h/24 du jeudi 6 au mercredi 12 juin 2019

Durant une semaine, 24 heures sur 24, Abraham Poincheval habite une sculpture. Niché au sommet d’un mât, comme le ferait un singe ou un épervier, il veille et contemple la cité des hommes : « Installé sur une plateforme d’un mètre quatre-vingt-dix de long sur un mètre de large, je séjourne une semaine en totale autonomie. À ce radeau des cimes, je suis attaché par une ligne de vie ainsi que tout le matériel embarqué à bord : un sac waterproof, une trousse de premiers secours, les repas pour une semaine, deux jerricans de neuf litres, un rouge et un blanc, un bidon étanche, des sacs poubelle, un réchaud à gaz, du matériel de cuisine, deux briquets, du papier toilette, des vêtements de rechange, un sac de couchage haute montagne, un sursac de couchage de protection contre la pluie, une cape de pluie, un tapis de couchage, une lampe frontale, un harnais d’escalade, une dizaine de mousquetons, une corde de treize mètres». Par ce geste spectaculaire Abraham Poincheval interroge notre animalité et la frontière si instable entre les espèces. Mais cette installation s’ancre aussi dans un imaginaire très ancien, notamment celui de Syméon le Vieux (392-459), moine de Syrie, surnommé le Stylite pour avoir choisi de vivre sa vie d’ermite en haut d’une colonne (stylos, en grec), où il passa le reste de ses jours sans jamais en redescendre, en l’absence de toute protection du soleil ou des intempéries. Les fidèles lui rendaient visite de son vivant, la nourriture lui étant donnée dans un panier tiré par une corde. Par la suite, un vaste complexe de pèlerinage au nord-ouest d’Alep, appelé Qalaat Siman, fut bâti autour de sa colonne. D’autres saints vécurent comme lui en haut d’une colonne ou au faîte d’un arbre. Ces gestes extrêmes expriment paradoxalement l’élévation de l’âme par la lecture, la prière et l’humilité, et combien l’ascèse relève d’un combat quotidien.

“La vigie”
Abraham Poincheval
Parc du domaine de Vizille
2 > 8 mai 2019

 

Les sentinelles > Victoria Klotz > Parc du Domaine de Vizille > 20 mars > 23 septembre 2019

Implantée en majesté dans la parc du Domaine à mi-chemin entre la nature domestiquée du jardin à la française et le parc animalier, « Les sentinelles » est une installation monumentale composée de dix animaux qui nous surplombent depuis de longs mats fichés au sol. À la fois proches et inaccessibles, ces animaux nous observent bien autant que nous les observons. Les espèces animales choisies : un loup, un chamois, un hibou des neiges, une marmotte, un sanglier, mais aussi un zèbre ou une antilope, ont une présence fascinante et spectaculaire, joyeuse, sensuelle et grave. « Les sentinelles » évoquent ainsi une sorte d’animal élémentaire comme le faisaient les totems des tribus amérindiennes, c’est-à-dire une animalité fondatrice, médiatrice, ambassadrice des lointains du vivant, d’origines immémoriales, mais une animalité dont l’avenir semble aujourd’hui pourtant si incertain qu’elle doit revenir au centre de nos préoccupations et de notre ordre social.

“Les sentinelles” (détail)
Victoria Klotz
Parc du Domaine de Vizille
20 mars > 21 juin 2019

 

Dialogue avec un troupeau > Fédération des alpages de l’Isère > Parc du Domaine de Vizille > 3 mai > 6 mai 2019

Comment approcher un troupeau sans faire peur et sans se mettre en danger ? Comment les animaux voient, sentent, éprouvent le monde ? Comment entrer en contact et communiquer avec les animaux ? Les ateliers de « Dialogue avec un troupeau » offrent une occasion inédite de vivre une expérience inoubliable au plus près des animaux d’alpage. Vous ne regarderez plus jamais un troupeau avec les mêmes yeux.

Dialogue avec un troupeau / Fédération des alpages de l’Isère
Expérimentation ouverte au public les 3, 4, 5 et 6 mai à 10H
(Durée : environ 2H)

 

Mémoire d’eau > Cyrille André > Parc du Domaine de Vizille : 2 mai > 23 septembre 2019

Une baleine blanche nageant dans les airs entre les fûts des arbres du Domaine de Vizille nous invite à larguer nous aussi les amarres et à nous abandonner à la rêverie. Des baleines ont-elles ainsi traversé Vizille à l’époque ou la Téthys, l’océan primitif, recouvrait l’ensemble de l’Europe ? A-t-elle échappé à l’Arche de Noé ou nage-t-elle ainsi après une élévation catastrophique du niveau des océans causée par un réchauffement climatique extrême ?

Mémoire d’eau
Cyrille André
Parc du Domaine de Vizille
Du 2 mai au 23 septembre 2019

 

Bien commun > Victoria Klotz > Parc du Domaine de Vizille : 2 mai > 23 septembre 2019

Si le bien commun est une notion morale qui désigne l’idée d’un patrimoine partagé entre tous les membres d’une communauté, il convient de s’interroger sur la possibilité d’intégrer à cette communauté les animaux. On pourrait considérer que les animaux domestiques sont « partie du peuple » et qu’ils ont une place indiscutable dans l’usage des communs. C’est pourquoi l’artiste installe ici des nichoirs à oiseaux destinés au cannes Colvert qui vivent dans ce site de Vizille, propriété collective, lié à l’histoire de la Révolution française et à cette perspective du bien commun partagé.

Bien commun
> Victoria Klotz
> Parc du Domaine de Vizille : 2 mai > 23 septembre 2019

 

Maibaum > Jordi Galí – Cie Arrangement Provisoire > Parc du Domaine de Vizille >Samedi 4 mai à 14h et dimanche 5 mai à 11h 

Maibaum est un volume monumental, constitué de 8000m de cordage minutieusement tissés minutieusement tissé par cinq interprètes, dont la forme nous apparaît à la fin de la performance, dévoilant à rebours le sens et la nécessité de chaque geste produit. Au cours des deux heures et demi de son élaboration, le spectateur sera libre d’aller et venir à son gré pour assister et faire l’expérience de cet espace en train de se créer. (en coproduction avec le PACIFIQUE – centre de développement chorégraphique national)

Maibaum  Jordi Galí – Cie Arrangement Provisoire
Photo@jeanpellaprat

 

Ça Remue ! > Parc du domaine de Vizille > 2 > 8 mai 2019 > avec le soutien de l’IDEX Université-Grenoble-Alpes > en collaboration avec les laboratoires PACTE, LECA, CRESSON, LARHRA, la Maison des Sciences de l’Homme, la Fédération des Alpages de l’Isère et le PACIFIQUE

: Plus d’information > le programme de Ça remue à Vizille

Chaque paysage est l’héritier d’équilibres précaires, l’indice de dynamiques luxuriantes et instables entre atmosphère / sols / végétaux / animaux / humains. En ce sens, il est toujours l’indice d’un état des relations. Observer attentivement un paysage permet de décrypter les logiques relationnelles passées et présentes, et nous aide à discerner les composants toxiques de son état à venir. L’état des lieux semble alarmant mais nous héritons d’innovations immémoriales qu’il nous faut réinvestir : ainsi du territoire relationnel impliquant abeilles, fleurs et apiculteur, ou des transhumances accordant alpage + berger + moutons + chiens + loups.

Sur ce terreau prometteur, des artistes, des chercheurs et des praticiens des animaux se réunissent à Vizille du jeudi 2 au samedi 4 mai afin de croiser leurs approches et fonder des relations nouvelles entre espèces vivantes, de nouveaux comportements, de nouvelles directions évolutives qui préservent, renouvellent et amplifient la qualité des écosystèmes. Chaque jour, des performances et des expérimentations en plein air permettront de jouer, de tester et d’approfondir nos relations animales. Ces expériences associant des animaux et des installations artistiques seront prolongées au-delà jusqu’au 8 mai.

Ça Rumine ! > Campus universitaire de Gières / Saint Martin d’Hères > Journée de rencontre-débat à Sciences-Po le 16 avril 2019 autour du projet d’une implantation pastorale pérenne sur le campus > avec le soutien de l’IDEX Université-Grenoble-Alpes > en collaboration avec les laboratoires PACTE, LECA, CRESSON, LARHRA, la Maison des Sciences de l’Homme, la Fédération des Alpages de l’Isère 

: Plus d’informations > le programme de Ça remue sur le campus de Grenoble

Il s’agit ici d’un travail exploratoire rassemblant des éleveurs et alpagistes professionnels, des scientifiques et des artistes. Nos premiers invités sont : Bruno Caraguel, directeur de la FAI, ingénieur pastoraliste et sociologue, Laurent Four, sociologue du développement et berger, Guillaume Lebaudy, ethnologue des cultures pastorales et des transhumances, Jean-Marie Davoine, berger spécialiste de domestication des animaux d’élevage, François Pompanon, directeur du laboratoire LECA, spécialiste de la domestication et génomique des ruminants, Jean Estebanez, géographe spécialiste des dispositifs de mise en scène des jardins zoologiques et du travail animal (…) Cette liste sera complétée notamment avec des usagers du campus – enseignants, étudiants, agents et des porteurs d’expériences dans d’autres campus en France ou à l’étranger.

Dispositif de mise en scène des jardins zoologiques et du travail animal (Image Maryvonne Arnaud)

 

Ça Remue ! > Campus universitaire de Gières / Saint Martin d’Hères > Chaque mois, la Maison des sciences de l’Homme accueillera durant une heure un auteur parlant d’un animal et de son lien spécifique au territoire, afin d’amplifier la prise de conscience de l’importance des animaux dans la fabrication des paysages. Des chercheurs, des auteurs, des artistes invités à l’occasion de la saison 3 de paysage>paysages > avec le soutien de l’IDEX Université-Grenoble-Alpes > en collaboration avec les laboratoires PACTE, LECA, CRESSON, LARHRA, la Maison des Sciences de l’Homme, la Fédération des Alpages de l’Isère :

  • Ça Butine !  mardi 5 mars de 12h15 à 13h30 autour des insectes pollinisateurs > avec Emmanuelle Porcher, professeure au MNHN et chercheure au CESCO (Centre d’Écologie et de Sciences de la Conservation, Paris) spécialiste de la biodiversité et de la pollinisation 
  • Ça Grimpe !  mardi 12 mars de 12h15 à 13h30 autour des chamois > avec Anne Loison, directrice de recherche CNRS, qui développe le programme des activités du Laboratoire d’Écologie Alpine (LECA) autour de la question des relations dynamiques plantes-herbivores dans le milieu de montagne 
  • Ça Flaire !  mardi 2 avril de 12h15 à 13h30 autour des relations chiens / loups / humains / territoires > avec Nicolas Lescureux, ethno-écologue, chargé de recherche du CNRS au Centre d’Écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) 
  • Ça questionne : les animaux dans le paysage de la Renaissance ? > avec Nadeije Laneyrie-Dagen, historienne d’art, à propos de la fonction et la symbolique de la représentation de l’animal dans la peinture animalière. > Musée Hébert, chemin Hébert, 38700 la tronche, le Jeudi 11 avril 2019, 18h 30
  • > Affleurer le paysage; une exposition d’Olivier de Sépibus (en résidence au laboratoire LECA) Arboretum du Domaine universitaire / du 5 avril au 21 juin 2019 + Performance art > science in situ autour de l’exposition le jeudi 20 juin de 17h à 18h30. 

Olivier de Sepibus
Affleurer le paysage
Arboretum du Domaine universitaire de Grenoble
5 avril > 21 juin 2019

 

  • Va, Toto ! > projection du film de Pierre Creton et débat avec l’auteur animé par Robert Bonamy, maître de conférences en études cinématographiques à l’Université Grenoble Alpes. > Cinéma Mon Ciné, 10 avenue Ambroise Croizat, Saint Martin d’Hères, le Jeudi 2 mai 2019 à 20h30

Image extraite du film Secteur 545 de Pierre Creton

 

Cabanes à oiseaux d’architectes > Maison de l’Architecture de l’Isère > 21 mars >21 juin 2019 / en partenariat avec l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, la Ligue de Protection des Oiseaux, le Rectorat

En association avec la Maison de l’Architecture, nous proposerons aux étudiants de l’ENSAG, mais aussi aux architectes professionnels et à tous les inspirés, de concevoir et de réaliser une cabane à oiseaux. L’ensemble des cabanes sera ensuite exposée à la M.d’A durant les 3 mois de paysage>paysages. Chaque construction devra offrir un refuge confortable aux oiseaux, adapté à son mode de vie, chaque espèce recherchant des spatialités différentes pour des usages singuliers. À travers ce concours, c’est l’attention à la place des animaux dans la cité et à leur préservation qui est ici mobilisée. Simples cabanes poétiques ou extravagantes, maisons en miniatures ou palais des mille et une nuits, les œuvres issues de cet appel à participation s’assembleront en un ensemble accueillant l’infini des diversités animales. 

> Appel à projet de micro-architectures

> Télécharger l’affiche

> Le règlement du concours

> Les lauréats du concours

 

Alban de Chateauvieux > Perdus  > Le VOG, centre d’art de Fontaine > 7 mars au 4 mai 2019

Le 12 janvier 2007, Alban de Chateauvieux s’arrête en pleine rue devant une petite affichette portant ces quelques mots tracées à la craie bleue « PERDU PIGEON BLANC », suivies d’un numéro de téléphone auquel il manque un chiffre. Ce petit papier suspendu à son unique morceau de scotch, fut une révélation pour Alban qui, depuis, collecte au fil de ses voyages des affichettes d’animaux perdus. Cette exposition honore des animaux disparus dont la vie singulière a compté et dont l’absence en révèle l’importance affective. Ils sont tous clairement individualisés et porteurs de qualités singulières, l’un beau, affectueux ou tendre, l’autre complice, fiable, drôle ou fidèle. Chaque message de détresse témoigne de cette complicité établie et du lien relationnel intense construit jour après jour entre un être humain et un être animal, d’une forme d’harmonie rompue. Car le compagnonnage familier avec les animaux traduit une nécessité relationnelle qui déborde le cadre des échanges sociaux pour exprimer d’autres émotions, d’autres échelles de nous-même, difficilement exprimables entre humains. Les parts animales de soi-même, peut-être, ou encore des fragments profondément enfouis et inaccessibles sans l’aide de ces animaux complices qui intercèdent avec d’autres mondes ou les traduisent, en glissant sans crainte du vertige sur le rebord d’une fenêtre pour se fondre dans la nuit ou en humant attentivement un souffle d’air chargé d’énigmes.

> Alban de Chateauvieux
> Collection des animaux perdus
> 7 mars au 4 mai 2019
> Le VOG, centre d’art de Fontaine

 

François Génot > Charcoal > Jules Vallès, Galerie d’art de Saint Martin d’Hères > avril à mai 2019

François Génot est attentif à une certaine sauvagerie qui demeure ou réapparaît dans les lieux en friche, les espaces négligés de notre environnement urbain. L’émergence spontanée et irréductible du vivant, le désordre des formes et la dynamique végétale et animal sont au cœur de son travail. Il cueille, lors de ses repérages sur les sites proches du lieu d’exposition, des brassées de branches qu’il transforme en charbon de bois puis dessine avec les fusains obtenus directement sur mur. Le mouvement de sa main génère des formes d’apparences aussi décousues, négligées, insouciantes que celui des jeunes pousses au printemps, c’est-à-dire des formes floues, ouvertes, déconcertantes qui se projettent et explorent toutes les possibilités offertes pour survivre. Et notre œil de spectateur est invité à entrer dans l’épaisseur et la complexité du dessin pour fouiller l’énigmatique présence du vivant.

> François Génot
> Charcoal
> avril à mai 2019
> Jules Vallès, Galerie d’art de Saint Martin d’Hères

 

paysage en mouvements

La programmation de la saison 02 de paysage>paysages est conçue avec une attention soutenue à l’enchevêtrement des mouvements qui trament les paysages et tendent le cours du monde. Elle s’intitule “paysage en mouvements” car les paysages fixes, stables, arrêtés n’existent pas. Le sédentaire et le définitif ne sont que des illusions d’optique ou de perception. Tout dans le paysage remue, tangue, chaloupe, bouscule, migre et se déplace….

Les paysages sont parcourus de vastes mouvements imperceptibles – la dérive des étoiles, la fonte des glaciers ou la migration silencieuse des plantes et des forêts testant sans cesse les sols, les vents dominants et les expositions. Les paysages sont aussi témoins des migrations et transhumances qui caractérisent l’ensemble du règne animal, de l’hirondelle à l’anguille, une formidable pulsion qui déplace le vivant à la surface du globe sans boussoles ou système de géolocalisation embarqué. Chacun de ces étonnants voyageurs emporte au long cours des fientes gorgées de graines, des bactéries exogènes et des mélopées renouvelées qui refondent les écosystèmes et nos imaginaires. Les dynamiques du paysage sont encore constituées d’accélérations inattendues : avalanche, tonnerre ou tempête. Le paysage reprend alors toute sa place, une sauvagerie abrupte qui nous déborde et s’impose au-delà du temps de l’espèce humaine.

Mais les paysages sont surtout reconfigurés par les activités et les circulations humaines. Notre expérience quotidienne du paysage ne consiste que rarement à le contempler assis sur un banc, mais plus fréquemment à le traverser distraitement assis à 130 km/h. Aussi, à contrario de l’itinéraire trop bien tracé de la route principale nous projetant au plus vite vers une destination déterminée, cette saison 02 de paysage>paysage vous propose de cheminer disponible au hasard et à l’inattendu, attentif à toutes les rencontres, de déguster le temps qui passe, le temps qui change, d’oublier les certitudes ou les inquiétudes pour laisser la part belle à l’échappée.

En voici les principaux temps forts :

 

> Le paysage fait son cinéma,

  • Un film de films conçu par Agnès Bruckert accompagné d’un concert instantané en direct avec Actuel Remix (Xavier Garcia et Guy Villerd) 
  • Esplanade de la caserne de Bonne à Grenoble, le 21 décembre de 17 h à 21h
  • (Reprise durant le cycle Ça remue à l’auditorium du musée de Grenoble les 2, 3 et 4 mars 2018 de 10 à 18H, sans interruption)

en savoir plus : https://youtu.be/V4j-D6xYr_Y

En circulant grâce au doigté d’Agnès Bruckert parmi les cinéastes les plus virtuoses du cinéma mondial, nous découvrons combien chaque film enchevêtre intimement en un espace commun les personnages au premier plan et le fond où semble s’ancrer le récit. De plan large en faux raccords, les paysages façonnent nos perceptions, préparent et anticipent l’action, la débordent parfois pour envahir l’écran, rompre avec le fil de la narration, avaler les personnages et nous désorienter.

Bas quartiers sordides ou somptueux panoramiques, de nombreux paysages ont laissé en nous une empreinte qui structure profondément notre sensibilité et notre identité. C’est cette identification paradoxale à une fiction totalement mouvante qu’amplifie le duo de l’ARFI « Actuel Remix » en accompagnant le flux d’images, le ponctuant de paysages sonores instantanés.

 

> Atlas des déplacements,

  • Une exposition conçue par Guillaume Monsaingeon avec les œuvres de Cécile Beau, Christo, Nicolas Consuegra, Fernand Deligny, Caroline Duchatelet, Cédrick Eymenier, Ymane Fakhir, Christoph Fink, Eléonor Gilbert, Chris Kenny, Lucien Le Saint, Francis Limérat, Hans Op de Beeck, Quadrature (Juliane Götz + Sébastian Neitsch), Claire Renier.
  • Musée Hébert du 21 décembre au 21 mars 2018

Cette exposition assemble nos perceptions et nos outils de figuration du territoire. Les œuvres réunies dans l’Atlas des mouvements enregistrent le paysage avec des échelles situées entre 0 et 30 000 km/h, les mouvements lents, presque immobiles, imperceptibles du géologique ou du climatique, nos mouvements sociaux saccadés, nos errances et nos incertitudes, nos mouvements réguliers ou habituels, les déplacements des êtres animés et la mécanique de machines devenues essentielles à la maîtrise de nos propres mouvements et à la connaissance des territoires.

  • Quadrature (Juliane Götz et Sebastian Neitsch). Satelliten trace en temps réel la trajectoire des satellites passant à la verticale du musée Hébert. Au cours de sa visite, le visiteur d’Atlas des déplacements pourra ainsi voir plusieurs fois le dispositif numérique s’animer pour révéler un paysage agité par la course des satellites. Le carré de 10 centimètres de côté (300 kilomètres) noircira progressivement la carte hypsométrique (des altitudes) d’un atlas Quillet au fil des trois mois d’exposition.

 

  • Caroline Duchatelet : Mercredi 4 novembre (2009). Durant 9 minutes, Caroline filme un paysage de montagne en hiver, où les nuages et la lumière recomposent et effacent l’apparente stabilité de la masse rocheuse. Ce paysage saisi un 4 novembre est à la fois éternel et instantané, présent et absent, déjà là depuis un million d’années et pourtant disparu en quelques secondes.

 

  • Cécile Beau (France, 1978). Chaque pierre constituant la série Particules est présentée sous une double forme : le minéral intact disposé au mur, et la pierre réduite en sable alimentant un sablier dont la taille correspond à son échelle de temps géologique. L’installation exprime les temporalités imperceptibles des minéraux, qui oeuvrent discrètement sous le paysage visible.

 

  • Nicolás Consuegra (Colombie, 1976). Tourné sur des sites différents à Honda, en Colombie, au bord du fleuve Magdalena, L’eau que vous touchez est la fin de ce qui est passé et le début de ce qui arrive (2013) donne à voir la continuité d’un fleuve qui coule sans fin et sans raccord. L’immobilité du mouvement s’exprime dans le calme d’une boucle infinie.

 

  • Francis Limérat (1946, Alger) Le poète Kenneth White, grande figure du cheminement, écrit à propos de cette série des « claires-voies » : L’art de Limérat est un tâtonnement inquiet qui, petit à petit, lentement, trouve des coordonnées satisfaisantes ; c’est un enchevêtrement complexe dans lequel, grâce à une écriture erratique, mais sensible, subtile, on finit par voir clair, par se fixer des repères. Comme avec les « cartes en bâtonnet » des Iles Marshall, avec lesquels les pilotes de pirogues retrouvent dans les eaux du Pacifique la meilleure trajectoire d’une île à l’autre en fonction de l’orientation de la crête des vagues, notre regard ici chemine en équilibre sur le fil de l’imperceptible.

 

  • Fernand Deligny (France, 1913-1996) n’est pas à proprement parler « auteur » des présents dessins. Fondateur en 1968 d’un réseau de prise en charge d’enfants autistes dans les Cévennes, il y a inventé des pratiques cartographiques collectives qui ont fasciné Deleuze et Guattari et irrigué d’innombrables pratiques artistiques. Ces cartes ne servent ni à comprendre ni à interpréter les comportements des enfants, mais à conserver la trace de ces lignes et détours souvent effectués sans but. Remède à l’impossibilité de dire ou au refus de nommer, ces dessins constituent une sorte d’atlas des mouvements imprévisibles et des modes d’être singuliers : « nous vivons dans le temps, écrivait Deligny. Ils vivent dans l’espace, voient ce qui ne nous regarde pas ».

 

  • Éléonore Gilbert (France). “Espace” est un film de 14 minutes (2014) où, à l’aide d’un croquis, une petite fille très drôle explique, dessin à l’appui, comment l’espace et les jeux se répartissent lors de la récréation, en particulier entre les garçons et les filles, et en quoi cela lui pose un problème au quotidien. Malgré ses différentes tentatives pour régler ce problème, elle ne trouve pas de solutions, ceci d’autant plus qu’il passe inaperçu pour les autres, enfants comme adultes, qui ne semblent pas être concernés. On découvre alors les subtilités d’une géopolitique de l’espace public à l’échelle d’une cour d’école.

 

  • Hans Op De Beeck (Belgique, 1969) aborde dans Staging Silence le paysage avec humour, produisant des images de paysages comme autant d’archétypes suspendus dans nos mémoires. Derrière une mise en scène implacable et clinique, il assemble des objets éclectiques et dérisoires – du sucre en poudre ou des bulles de savon, pour recréer des images flottantes, des lieux incertains, mélancoliques et poétiques situés entre le décor de films oubliés et l’iconographie du restaurant asiatique du coin de la rue.

Lire aussi : “Art catalyse”

Lire aussi : “mythologies du paysage”

> Graphies du déplacement

  • Une exposition de Mathias Poisson
  • Le VOG -centre d’art de Fontaine, du 7 décembre au 31 mars 2018.

Les cartes subjectives de Mathias Poisson sont des réductions du paysage par décoction. Il note ses promenades à vif sur ses carnets, attentif au moindre événement mais en cultivant une absence délibérée de hiérarchies entre les informations qu’il consigne. Puis il distille et infuse les objets et les plantes rencontrées afin d’en extraire les encres de ses dessins. Il compose alors une carte sensible, sorte de condensé du lieu qui invite à lui emboîter le pas. Il présente ici une suite de traversées du paysage à travers des villes aussi différentes que Marseille, Tokyo, Naples, Alger ou Istanbul, puis lors d’une seconde exposition il nous fera découvrir les travaux originaux réalisés durant 5 séjours en Isère.  

Lire aussi : “paysages de traverse”

> Montagne défaite

  • Une exposition de Olivier de Sepibus
  • Jardin du Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble, du 21 décembre au 21 mars 2018

Olivier de Sépibus arpente les Alpes pour saisir les mouvements intérieurs des glaciers et des roches, les failles, les brèches, les fractures, les lentes dislocations, les ruptures vives et les éboulements. La masse d’apparence éternelle apparaît ici étrangement fragile et tourmentée, et sa présence solide semble appartenir à une étape provisoire de l’histoire terrestre.Ses photographies actualisent notre imaginaire de la haute montagne en fixant frontalement l’état actuel de massifs alpins qui se défont lentement en désert de pierre, entraînant avec eux les rêves de conquête et d’héroïsme d’un homme “maître et possesseur de la nature“. Car, si nos représentations sont défaillantes, elles peuplent toujours les présentoirs à cartes postales.

 Lire aussi : “Les images (im)mobiles d’Olivier de Sepibus”

> Paysages amplifiés

  • Une expérience conçue par le compositeur Henry Torgue à l’initiative du CAUE de l’Isère
  • Vendredi 12 janvier 2018 : parcours en car de 14 h à 16 h. Accueil à 13 h 45 à la Maison du Territoire de la Porte des Alpes – 18 avenue Frédéric Dard à Bourgoin-Jallieu.
  • Vendredi 2 février 2018 : parcours en car de 14 h à 16 h. Accueil à 13 h 45 à INSPIRA à Salaise sur Sanne.
  • Samedi 3 février 2018, parcours en car de 10 h à 12 h. Accueil à 9 h 45 au CAUE de l’Isère – 22 rue Hébert à Grenoble. Au retour, collation (sur inscription) en transition avec la table ronde de l’après-midi.

 

Ces paysages sur écoute prennent la forme d’un parcours en autocar…. Pour les passagers, derrière les vitres du bus, défilent les images passives d’un trajet habituel. Mais dans les haut-parleurs, tout un monde de sons vient raconter d’autres histoires, transformer le paysage quotidien en décor, bouleverser l’imagination.

Ce décalage entre l’écoute et le regard permet de renouveler les lectures et les perceptions de nos paysages familiers. En augmentant légèrement l’intensité des sons ambiants ou en faisant écouter d’autres situations sonores enregistrées dans le même espace, la scène devient « parlante », prend un relief inattendu qui révèle les relations complexes entre la vue et l’ouïe et, d’autre part, entre le réel et l’imaginaire. Car l’écoute amplifiée se rapproche d’une bande-son de film, donnant accès au potentiel symbolique des lieux, porteurs de fictions, de mémoires et de rêves.

Les trois parcours en bus de « paysages sur écoute » sont accompagnés par le chercheur et compositeur Henry Torgue et les paysagistes du Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement de l’Isère.

 

> ARRÊTS SUR Image

  • Une expérience conçue par la compagnie de rue Delices DADA, proposée successivement dans 4 sites du département : Bourg d’Oisans, le Vercors, l’Isle d’Abeau et le territoire de Vienne, avec chaque fois 4 départs de bus par jour.

Durant 120 minutes vous êtes invité à visiter avec la compagnie Delices DADA les hauts lieux ordinaires de votre vie quotidienne. Confortablement assis en autobus vous laissez glisser le travelling du panorama au travers des vitres.

Mais quatre arrêts dans des paysages choisis méticuleusement par la compagnie bouleversent votre perception. Ces arrêts sur image proposent de prendre le paysage à rebrousse-poil, de l’interpréter de manière totalement inconnue, déjantée et poétique mais si stimulante que dès le retour de l’autocar au point de départ, on se découvre l’envie de repartir pour une nouvelle boucle à déguster …. En voici quelques cartes postales visuelles :

et 2 paysages à deviner en écoutant ces ponctuations sonores :

 

Mode d’emploi :
> 4 départs de bus par jour à 10H, 11H, 13H et 14H (Durée du circuit > environ 120 minutes)

  • le 20 Janvier 2018> départs des bus du Bourg d’Oisans / Foyer municipal du Bourg d’Oisans
  • le 27 janvier 2018> départs des bus de Lans en Vercors / Le Cairn / 180 Rue des Écoles
  • le 10 février 2018> départs des bus de Villefontaine / Parking du théâtre du Vellein / 118 Avenue du Drieve
  • le 10 mars 2018> départs des bus de Vienne / Collège Ponsard / 1 Place André Rivoire

> Lieux-dits, un précipité de vies

  • Une exposition conçue par Philippe Mouillon avec la collaboration de Jeanine Médélice
  • Musée de Grenoble, du 8 février au 11 mars 2018

 

Les quelques centaines de mots déposés au sol de l’allée centrale du musée de Grenoble sont un condensé des milliers de noms de lieux-dits qui titrent – ou plutôt sous-titrent, avec soin le paysage.Ces fragments sont tenaces – certains mots plongent leurs racines dans un temps antérieur à l’occupation romaine, et ont été si souvent mastiqués et prononcés par des bouches nouvelles que leurs sens aujourd’hui affleurent mais ne cessent de se troubler et de nous échapper : Vipéreuse, Miséroud, Mal-Pourchie, Les Écondues, Les Écorrées, Les Embouffus… car le mot est là, sans y être. Il appartient à une langue, fantôme de la nôtre.

lieux-dits, un précipité

 

> Feu l’hiver !

  • Installation de la compagnie Carabosse
  • Jardin de ville et alentours,
  • Soirée de clôture > 16 mars 2018, de 19 à 22h

 

Télécharger ces affiches d’expositions en cliquant sur l’image  

 

 

Paysage > paysages

paysage>paysages est un événement original d’un type nouveau, présenté sur les 7 431 kilomètres carrés du département de l’Isère durant les 3 mois de l’automne 2016.

Il est porté par le Département de l’Isère, sur une proposition artistique de Laboratoire.

paysage>paysages est un programme associant une multiplicité d’acteurs provenant de la culture, du patrimoine, de la nature, de l’aménagement du territoire, de l’éducation, de la recherche, de l’enseignement supérieur, de la mobilité, du tourisme, ….

En s’appuyant sur les qualités évidentes des paysages de l’Isère, notre objectif est de développer et partager un nouvel imaginaire territorial. Car à l’heure d’une mondialisation amplifiant les standardisations techniques et l’uniformisation des modes de vie, des spécificités demeurent qui ne sont ni des crispations d’identité, ni des traces mémorielles. Ce sont nos trajectoires dans ce milieu particulier qui forment patrimoine et dont nous voulons explorer le récit en associant des initiatives artistiques innovantes et des formes collaboratives et ludiques ouvertes au plus grand nombre.

Dans son étude récente pour la Datar, le philosophe et sociologue Bruno Latour décrit cette actualité : notre cadre spatio-temporel est devenu intenable. C’est une transformation de tous les lieux, de tous les territoires, qui subissent chaque fois différemment les mêmes effets de désorientation par la découverte de dépendances mondiales et d’attachements imprévus. Il y a au coeur même de l’idée de territoire une contradiction qu’il faut clarifier si l’on veut pouvoir renouer le territoire réel avec des représentations crédibles et rassurantes. (…) Peut-on rendre à nouveau habitables, c’est-à-dire habituelles et même confortables, rassurantes, familières de telles variations dans notre nouveau cadre spatio-temporel?

En ce sens, paysage>paysages doit rendre confortable et explicite notre territoire proche, générer de nouvelles représentations, traduire des usages inconnus, anticiper des pratiques, faire de ce territoire notre bien commun.

De nombreux artistes et auteurs, de toutes disciplines interviennent dans les 7431 Km2 du département. Voici quelques exemples parmi les 160 rendez-vous programmés :

Chris Kenny “au milieu de nul part” au Musée Hébert de La Tronche du 16 septembre au 30 avril 2017,

www.Chris kenny

Yann de Fareins “l’Isère, à la limite” dans la cour du musée de l’Ancien Évéché à Grenoble du 16 septembre au 15 décembre 2016,

www-YdeF-Evieu-07

– Henry Torgue “concert de paysages” au Théâtre antique de Vienne et à la MC2 de Grenoble les 17 et 18 septembre 2016

– Mathieu Pernot “paysages habités” dans le Hall de MC2 du 16 septembre au 17 décembre 2016,

www_mathieu_pernot

ainsi que “le grand ensemble” à la Maison de l’architecture du 8 novembre au 16 décembre 2016,

www-MP-Le meilleur des mondes

– Daniel Bougnoux, Patrick Chamoiseau, Christian Garcin, François Jullien, Jacques Lacarrière, Marie-Hélène Lafon, Céline Minard, Alain Roger, “Le Paysage : mots pour mots “ , une proposition de Philippe Mouillon, au musée de Grenoble du 16 septembre au 16 octobre 2016

www-mots pour mot

– Jeremy Wood “true places” au Vog de Fontaine du 5 octobre au 5 novembre 2016

– Ingrid Saumur “courbure du Drac et de l’Isère “ à la maison de l’architecture du 6 octobre au 4 novembre 2016

www-Ingrid Saumur_6950

Pour en savoir plus et découvrir jour par jour tout le programme : paysage-paysages.fr 

Les Enquêtes de paysages

Inspirée des Ateliers-monde, la première session des Enquêtes de paysages intitulée Quatre siècles de paysages numériques ? s’est tenue le mercredi 21 octobre 2015 au Musée de Grenoble, à l’occasion de l’exposition paysages-in-situ , présentée au Musée de Grenoble et au Musée Hébert du 19 septembre au 2 novembre 2015, et prolongée jusqu’au 18 janvier 2016.

en présence de : François Jullien (philosophe et sinologue), Guy Tosatto (directeur et conservateur en chef au Musée de Grenoble), Laurence Huault-Nesme (historienne de l’art, directrice du Musée Hébert), Jean Guibal (directeur et conservateur en chef au Musée Dauphinois), Daniel Bougnoux (philosophe), Michael Jakob (historien et théoricien du paysage), Maryvonne Arnaud (artiste), Philippe Marin (designer numérique, docteur en science de l’architecture), Joël Candau (anthropologue), Guillaume Monsaingeon (philosophe et commissaire d’exposition), Alain Faure (politiste), Henry Torgue (sociologue, compositeur), Luc Gwiazdzinski (géographe, directeur de l’Institut de Géographie Alpine), Philippe Mouillon (artiste)…

Animée par Chloë Vidal (philosophe et géographe), cette première Enquête de paysages propose de renouveler notre regard sur le paysage, de se demander “ce qui a fait paysage” à l’heure de la vie numérique,

paysage numérique  extrait de paysages-in-situ (2015) latitude : 45,182 / longitude : 5,696

 

En préambule à ce séminaire, le cinéma Le Méliès à Grenoble, a présenté en avant-première le dernier film de Patricio Guzman, Le bouton de Nacre. La séance, introduite par Bruno Thivillier, directeur du cinéma Le Méliès, est suivie d’une conversation entre Patricio Guzman, Yves Citton (philosophe, professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université Stendhal de Grenoble 3) et Philippe Mouillon. 

Ce film mêle à merveille poésie et politique en utilisant la nature de façon étonnante et magique : on y trouve des paysages peuplés d’immenses glaciers silencieux qui côtoient des fjords majestueux –témoins immuables du passé, mais aussi des océans tourmentés et des planètes perdues dans l’infini des cieux étoilés. Ces images d’une nature sauvage et primitive, filmée comme celle d’une planète oubliée qui serait presque intacte et vierge, nous renvoient à un monde des origines où, peu à peu, au travers des photos en noir et blanc d’Indiens « fueguinos », émergent les visages méconnus du peuple qui manque.

Bouton_nacre_11

Martin Gusinde “Esprits du rituel Hain”   photographie (entre 1918 et 1924)

“Ces indigènes habitaient depuis des milliers d’années en Patagonie. Ils appartenaient à plusieurs groupes (les haush, kawéskar, et sélknam) et ils parlaient des langues mystérieuses. Ils étaient des nomades de l’eau. Ils se déplaçaient en canoë d’île en île, guidés par les étoiles”  Patricio Guzman

Puis François Jullien développe à l’auditorium du musée de Grenoble une conférence animée par Daniel Bougnoux et intitulée “Vivre de paysages” : “Le paysage est une ressource à la portée de tous car elle n’implique pas d’apprentissage. Dès lors qu’il y a mise en tension, corrélation, singularisation, il y a paysage. Le fait que le paysage soit local et fasse monde, soit porté par une totalité, c’est important pour le sujet ; le paysage ouvre le local sur son dépassement, c’est un tout du monde ; c’est essentiel à l’expérience contemporaine.” 

9341_937_Dore-Lac-en-Ecosse-apres-l-orage

Gustave Doré “Lac en Écosse après l’orage” peinture sur toile (1875 – 1878) Collection Musée de Grenoble

 “En quoi un paysage est-il donc exemplaire de la diversité à promouvoir dans le monde à venir ? Mais d’abord en ce qu’il fait paysage, si ce n’est précisément que l’on passe de l’extension morne – uniforme – de l’espace à l’intensité d’un lieu ? Car plus il crée de diversité et, partant, de tension, plus un paysage s’actualise : un paysage est cet extensif. C’est donc exemplairement qu’un paysage fait passer de la connaissance à la connivence, il fait basculer dans l’intime et la complicité, nous habitant en même temps que nous l’habitons. Qui ne sait combien un paysage est ressource ? Qu’on y puise indéfiniment. Que, par sa tension, il nous réactive et nous harmonise à la fois ?” François Jullien

Guo_Xi_-_Early_Spring_(BD)

Guo XiDébut de printemps” Encre et couleurs légères sur soie (1072) Collection musée de Taipei

“Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté…A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n’existèrent qu’au jour où l’art les inventa.” 

Oscar Wilde Le déclin du mensonge (1928 page 56)

paysages-in-situ

Où se trouvait l’artiste quand il a peint ou photographié ce paysage ? C’est l’énigme que vous invite à résoudre un jeu mis en ligne sur le site www.paysages-in-situ.net, ou disponible gratuitement en téléchargeant l’application paysages-in-situ compatible avec tous les types de smartphones. Ce jeu vous propose de choisir une œuvre parmi quelques 300 peintures et photographies de paysages de l’Isère issues des collections du Musée de Grenoble, du musée Hébert de La Tronche, du musée dauphinois et de la bibliothèque d’études de Grenoble. Il consiste à retrouver la position exacte où se tenait l’artiste lorsqu’il a peint ou photographié ce paysage, et vous invite à réaliser à partir de ce point de vue une réplique en photographie ou en dessin ou avec un logiciel de cartographie numérique comme Street view.

Les meilleures interprétations sont exposées à l’occasion des Journées du Patrimoine du 19 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au Musée de Grenoble et au musée Hébert de La Tronche. Puis à l’automne 2016, des bancs seront installés sur chacun de ces sites géolocalisés grâce à vos réponses, l’application paysages-in-situ vous permettra alors de comprendre la démarche des artistes et de découvrir les répliques de tous les participants.

031MG

Comment raffiner nos perceptions ?

Tout semble clair et limpide dans le paysage, et pourtant tout est étrange dans cette notion quand on s’y attarde. On ne regarde sans doute pas le paysage aujourd’hui comme on le regardait autrefois, lorsque les individus étaient majoritairement des ouvriers de la terre, pasteurs ou laboureurs, ni même plus récemment lorsque notre rapport quotidien au monde extérieur ne transitait pas encore si fréquemment par l’écran d’ordinateur ou de téléphone mobile.

Ce mot « paysage » est apparu tardivement dans les principales langues européennes et sensiblement à la même époque (vers 1510), comme si pendant très longtemps les femmes et les hommes qui ont habité et pratiqué le territoire avant nous n’avaient pas ressenti le besoin de nommer ce lointain des environs. Le mot est employé pour la première fois en Europe plusieurs années après l’apparition des premières peintures de paysage (réalisées aux alentours de 1495), et le mot « paysage » traduit d’abord une représentation peinte avant de devenir une « portion de nature qui s’offre à la vue de l’observateur», selon la définition du dictionnaire Le Robert. Cette définition est, elle aussi, étrange car elle suppose l’extériorité du spectateur, c’est-à-dire le face à face entre de la nature offerte, et un observateur retiré du paysage, sur lequel il apporte un point de vue, qu’il observe sans s’y inscrire. Sommes nous si sûr de ne pas être inscrit dans l‘écosystème du milieu que nous observons ?

Paysages-in-situ tente d’aiguiser notre attention individuelle portée au paysage, et de raffiner nos perceptions collectives en les échangeant, en comparant celles des uns avec celles des autres – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes…. Il s’agit, en quelque sorte, de contribuer par le jeu à rendre chacun d’entre nous virtuose en paysage.

vue-prise-c3a0-saint-egrc3a8ve-jean-achard

Vue prise à Saint-Egrève, près de Grenoble, Jean Achard, 1884, huile sur toile 147 x 229 cm (collection Musée de Grenoble)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation du processus :  

Paysages-in-situ est un jeu à portée de tous et offert à tous – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes….

Paysages-in-situ est une invitation : invitation à découvrir, observer et comparer les œuvres conservées dans les musées de la région grenobloise, puis à les localiser en allant vérifier dans le paysage réel l’emplacement où se tenait l’artiste, il y a 150 ans, alors que tout a changé dans cet environnement et que le peintre avait sans doute déjà trié et composé à l’époque entre le beau et le laid, le lumineux et le clair-obscur, le fragile et le grotesque.

Environs 200 peintures et 100 photographies anciennes sur plaques de verre composent ce jeu de paysages. Elles sont assez peu présentées au public (10% seulement des œuvres sélectionnées sont issues des expositions permanentes). Il s’agit d’oeuvres provenant des collections du musée de Grenoble, du musée Hébert, du musée Dauphinois, ou de la Bibliothèque de Grenoble, et représentant des paysages appartenant à notre territoire alpin proche.

Ce jeu de paysages invite ensuite chacun à composer une réplique de la vue originelle à l’aide de tous les outils disponibles, des plus nouveaux, comme ceux de la cartographie numérique, aux plus classiques comme le crayon ou la photographie. Nous ne sommes pas si loin des copies exécutées par les amateurs dans les musées de la fin du XIX siècle. Mais là où l’approche par la copie est vécue aujourd’hui comme une discipline asservissante, notre proposition d’interprétation du paysage à l’aide de tous les outils accessibles permet d’associer sans réserve tous les publics, celui des jeux vidéo, des réseaux sociaux, des imageries de synthèse, de la cartographie numérique, de la photographie, du dessin, de l’écriture…. Ce choix pragmatique permet de croiser les esthétiques en créant des tensions dynamiques.

(Réplique de la peinture de jean Achard (1884) par Christian Rau situant l’emplacement à 45,245 de latitude et 5,686 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Réplique de l’huile originale d’Ernest Victor Hareux (1892) par Andréa Bosio situant l’emplacement à 45,182 de latitude et 5,774 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paysages-in-situ offre ensuite à tous d’exposer publiquement sa réponse, lors d’une double exposition du 17 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au musée de Grenoble et au musée Hébert.

Puis à l’automne 2016 chacun pourra venir s’asseoir sur un banc implanté très précisément grâce à la qualité des localisations issues du processus collaboratif, et pourra consulter sur sa tablette ou sur son téléphone toutes les informations disponibles sur cette œuvre et découvrir les répliques inventées par les participants.

Nous pouvons imaginer des situations où le banc trouvera facilement sa place dans le site, favorisant le va et vient entre le passé et le présent, entre le paysage saisi dans l’oeuvre originale et le paysage d’aujourd’hui. Mais il est probable que certains sites se révéleront si bouleversés que l’inscription physique d’un banc à cet emplacement précis apparaîtra étrange, incongru, ou sera simplement impossible. Cet aléa ouvrira un nouvel espace dynamique de réflexion collective sur la condition contemporaine de notre environnement quotidien.

 

DSC_3972

Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

DSC_4006

Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

 

DSC_2715

Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

Paysages-in-situ est une proposition de Laboratoire, réalisée en partenariat avec > le musée de Grenoble > le musée Dauphinois > le musée Hébert > la Bibliothèque municipale de Grenoble > le musée de l’Ancien Evéché, la Maison de la Nature et de l’Environnement > Grenoble Office de Tourisme > le CAUE de l’Isère > le Méliès > le Laboratoire de recherche CNRS-PACTE > l’Éducation Nationale (DSDEN de l’Isère et DAAC). En partenariat média avec le Dauphiné Libéré, le Petit-Bulletin et France 3 Alpes.
Paysages-in-situ, dispositif d’innovations populaires autour des paysages, est réalisé avec les soutiens > de la région Rhône-Alpes > de Grenoble-Alpes-Métropole > du Département de l’Isère > de la ville de Grenoble > du Ministère de la Culture et de la Communication, dans le cadre des appels à projets numériques culturels innovants > de la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes, au titre de son programme 2015 sur les humanités numériques > de l’UMR LITT&ARTS de l’université Grenoble-Alpes et du CNRS au titre du programme AGIR-PEPS “Écologie des médias”.