memento vivere / opus 02

Le musée de Grenoble accueille et organise avec le LABORATOIRE associé à la Chaire « Humanités en santé » du CHU, et à l’unité de recherche Cresson_AAU (CNRS, ENSAG-UGA) un nouveau cycle de conversations autour de la place des morts dans le monde des vivants, conversations associant des artistes d’aujourd’hui – dont l’œuvre réinterprète notre condition mortelle, des soignants et des praticiens – confrontés quotidiennement à la mort et à son accompagnement, des anthropologues, philosophes, biologistes… et le public.

Il peut sembler paradoxal de parler de nouveaux imaginaires de la mort, celle-ci obsédant l’humanité depuis toujours. Pourtant, si les termes de l’énigme demeurent inchangés, certains indices témoignent combien nos représentations et nos gestes évoluent, portés par une compréhension plus fine des mécanismes du vivant autant que par l’accélération planétaire des mutations sociales et des désordres écosystémiques ainsi de mémorial dédié au disparu sur les réseaux sociaux, de stèles précaires bricolées au bord des routes, de rituels portés par d’autres cultures ou de l’adoption de gestes affranchis de toutes traditions établies…

Comment traduire et partager ces imaginaires dans l’espace public ? Les présences disparues forment notre matrice, notre terreau nourricier, cet humus dont l’étymologie est commune aux mots humilité et humanité. Aucune civilisation n’existerait sans cette porosité des imaginaires déposés d’une génération aux suivantes. C’est pourquoi nous débattrons avec des auteur(e)s et artistes élaborant des formes ou des récits nouveaux, mais aussi face à des œuvres présentes dans les collections du musée de Grenoble, car le nouveau est instable et peut se révéler déjà là depuis longtemps….

Les invité(e)s :

  • Pascal Convert, Artiste plasticien, écrivain, cinéaste
  • Aurélia Zahedi, Artiste plasticienne,
  • Sophie Zenon, Artiste plasticienne, historienne et sociologue
  • Maryvonne Arnaud, Photographe, plasticienne
  • Eliane Umuhire, Artiste
  • Jérémy Damian, Danseur, anthropologue
  • Laurence Loutre Barbier, Photographe, éditrice chez Fage éditions, responsable des pompes funèbres alternatives Noir Clair.
  • Pierre Reboul, Écrivain, membre du collectif « Morts de rue et personnes isolées » de Grenoble,
  • Anne Carol, Historienne de la médecine et des représentations du corps
  • Martin Julier-Costes, Socioanthropologue
  • Cherry Schrecker, Sociologue
  • Marc Higgin, Anthropologue
  • Hélène Chaudeau, Conseillère funéraire indépendante
  • Heddi Bouti, Médecin gérontologue
  • Abdel Ouacheria, Biologiste et philosophe, 

Les modératrices et modérateurs :

  • Julia Champey, Médecin anesthésiste réanimateur, responsable de l’antenne grenobloise de la chaire Humanités médicales
  • Pascaline Thiollière, architecte, chercheure autour de l’urbanisme et des espaces de coexistence avec les morts,
  • Pauline Bouchet, Maîtresse de conférences à l’UGA de Grenoble, directrice du programme Arts-Santé
  • Philippe Mouillon, Artiste plasticien, commissaire d’exposition, à l’initiative de memento vivere

Depuis l’automne 2025, deux premières œuvres contemporaines ont été produites dans le cadre de memento vivere et sont visibles au cimetière du Petit-Sablon à La Tronche, à proximité du carré commun. Les artistes associé(e)s à cette édition de novembre 2026 seront invité(e)s à en concevoir de nouvelles.

memento vivere est un cycle produit avec les soutiens de la ville de Grenoble, de la ville de La Tronche, du Département de l’Isère, de l’UGA, du LabEx Architectures et du Cresson

Pas de trois

Invité(e)s en résidence au ZUTTOSOKO Art Center durant le mois de mai 2025, nous avons découvert Litate, un village situé entre la ville de Fukushima et la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, un Japon rural d’une grande beauté où de nombreuses rizières structurent le paysage. Le parcellaire est minuscule, assez proche de celui des ostréiculteurs de l’Atlantique qui eux aussi ouvrent et ferment des vannes pour maintenir le rien d’eau nécessaire. Lors de nos premières conversations avec nos partenaires Tao YOICHI et Jun YANO du ZUTTOSOKO Art Center, la situation apparait fragile car l’enjeu de ce monde rural est de parvenir à cultiver des sols désormais fortement radioactifs.

Pour mémoire, les composants radioactifs échappés dans l’atmosphère lors de la catastrophe n’ont pas les mêmes durées de rayonnement, le césium 134 perdant la moitié de sa radioactivité en 2 ans, ce qui signifie que cette radioactivité est aujourd’hui négligeable, le césium 137 perdant la moitié de sa radioactivité en 30 ans, ce qui signifie que cette radioactivité est aujourd’hui encore très active à Litate. C’est pourquoi le gouvernement japonais et la société d’électricité responsable de la centrale atomique ont choisi de faire ratisser les sols au bulldozer afin de prélever la couche supérieure sur environ 5 centimètres, puis d’enfouir ces terres ou de les emballer dans d’énormes sacs étanches posés comme des pions dans l’échiquier du paysage.

Afin de compenser ces terres prélevées, les sols agricoles ont souvent été recouverts de terres prélevées dans les sous-bois de la montagne. Mais le résultat de cette lourde méthodologie n’aboutit pas à un sol fertile. Les paysans qui s’appuyaient sur des savoir-faire extrêmement raffinés et accumulés par des générations de cultivateurs de rizière semblent découragés et ne cultivent guère plus. Une nouvelle phase d’ingénierie consiste aujourd’hui à accompagner les agriculteurs, en les invitant à développer une agriculture hors-sol….  Le paysage rural se couvre ainsi de serres, de panneaux photovoltaïques et plus rarement de cultures appareillées d’une infrastructure associant éclairage, goute à goute et apport chimique.

Ces paysages de Fukushima sont ponctués de sanctuaires shintoïstes assez discrets, soulignant un arbre remarquable, une source ou un rocher extravagant par quelques pierres dressées, souvent très anciennes et gravées de quelques mots ou parfois d’un personnage humain ou d’un animal. Ces repères animistes apportent une épaisseur au paysage, nous rappelant combien ici les signes offerts par la nature ont été ausculté et interprété sans relâche depuis des temps anciens.

L’amnésie des décideurs ayant pourtant choisi de construire la centrale atomique Fukushima Daiichi dans une zone exposée au tsunami apparait d’autant plus extravagante… Les conséquences de cette légèreté sont aujourd’hui omniprésentes, puisque l’avenir de cette province Japonaise repose sur sa capacité à cultiver des sols désormais radioactifs. La technostructure responsable du désastre propose de transformer les pratiques agricoles antérieures par de l’ingénierie hors-sol associant décapage des sols, substrats artificiels, intrants chimiques, irrigation goutte à goutte et informatique.

Peu d’habitants ont choisi pourtant de revenir chez eux et ce n’est que lentement que nous comprenons que la plupart des maisons sont vides d’habitants. La nature risque d’étouffer rapidement ce monde désormais en friche. Les promesses de cette terre dévastée sont bien tâtonnantes.

Problématisation

La plupart des langues européennes conservent dans leurs structures l’empreinte de mots d’origine latine comme autant d’indices d’interprétations anciennes du monde, conservées au fil des siècles parce qu’elles demeurent toujours actives. C’est le cas du mot Humus, qui désigne la couche superficielle du sol. L’étymologie du mot est commune avec les mots Humanité, Humain, Humilité. Cela signifie sans doute que le sol forme notre terreau nourricier, mais constitue aussi la matrice de l’humanité, notre ressource commune sans lequel nous ne pouvons déployer nos vies, nous socialiser et nous humaniser.

Cette approche occidentale coïncide avec la mésologie de Watsuji et son concept de fûdosei 風土性 qui s’affirme comme une éthique environnementale où sont liés intimement l’existence humaine et son territoire, un territoire qui porte à la fois l’empreinte des existences humaines et animales, présentes et passées, mais forme aussi la matrice de sensibilités modelées par ce contexte spécifique.

Cet entretien des sols et cette transmission soigneuse d’une génération à la suivante semble aujourd’hui rompue, au Japon comme ailleurs. Notre attention collective et individuelle s’est détachée du sol. Et cette distraction a accompagné l’exploitation intensive des sols et leur maltraitance généralisée, produisant l’effondrement des équilibres écosystémiques nécessaires à la préservation de l’humanité et à l’habitabilité du terrestre. 

Les sols du village de Litate sont fortement contaminés par la trainée radioactive disséminée par les vents à partir de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011, cette radioactivité est imperceptible pour les corps humains et sans doute aussi pour les animaux. Cette invisibilité est troublante. L’une des rares manifestations lisibles du désastre sanitaire tient dans le nombre très important d’habitants ayant quitté les lieux, abandonnant leurs maisons pour poursuivre leurs vies ailleurs. Ces maisons vidées d’habitants témoignent de destins brisés à un instant spécifique des sociétés humaines. Elles demeurent désormais silencieuses, en retrait de la vie quotidienne.

C’est pourquoi nous avons choisi de nous centrer sur ces maisons inhabitées pour en faire des bornes témoins qui cristallisent cette violente expérience de 2011, afin de la transmettre aux générations futures. Ces espaces où le temps semble suspendu, en retrait de la vie quotidienne, deviendront ainsi des espaces de méditation et de conscience.

Il pourra s’agir d’une maison abandonnée par ses anciens habitants. Cette maison pourra alors accueillir un artiste en solo, ou plusieurs. Elle sera utilisée en l’état, en conservant le mobilier et les objets de la vie familiale s’ils sont encore là, ou en organisant les espaces vides.

Mais il pourra aussi s’agir de l’emplacement vide d’une maison détruite lors de la politique nationale accompagnant l’ordre d’évacuation, qui prévoyait jusqu’en 2019 la démolition gratuite des maisons dans lesquelles les habitants ne souhaitaient plus se réinstaller. L’approche artistique consistera alors à cartographier et mettre en scène le site abandonné.

En renouvelant le processus année après année, avec des artistes du monde porteurs de visions culturelles du sol, ZUTTOSOKO vise à obtenir un patrimoine unique et d’un type nouveau, lié à l’histoire spécifique du site et pourtant d’une portée universelle.

 

Récupérons l’espace public maintenant !

Alors que la résistance ukrainienne renverse à Kiev la statue dédiée à l’amitié entre les peuples russe et ukrainien, des artistes et intellectuels roumains se demandent comment renouveler radicalement la présence artistique dans l’espace public de Bucarest.

Ici comme ailleurs, le rouleau compresseur de l’imaginaire marchand domine l’espace public, mais la ville est un palimpseste complexe composé par les imaginaires byzantins puis orthodoxes, les occupations austro-hongroises puis soviétiques, la fréquence des tremblements de terre, l’état d’abandon des bâtiments dont les propriétaires ont disparu lors des catastrophes du XXe siècle, et aujourd’hui par l’eldorado débridé de l’économie mondialisée.

Dans ce contexte, sur quelle légitimité s’appuyer ? Comment prendre en main sans attendre ? Comment régénérer l’espace public en l’ouvrant à des initiatives transversales ? Comment partager les différences d’interprétation du monde ? Comment contribuer à l’autonomie des individus ? Comment revivre ? Comment accueillir les pensées dissidentes, les poétiques, les innovations sociales ?

L’initiative portée par Edmond Niculusca (ARCEN) et soutenue par l’Institut français de Bucarest réunit les artistes Pisica Patrata, Dan Perjovschi, Cristian Neagoe, l’architecte-urbaniste Monica Sebestyen et l’ancienne ministre de la Culture Corina Suteu, experte internationale en politiques culturelles innovantes et Philippe Mouillon.

Le travail du lieu

  • multitudes – revue politique artistique philosophique, publie ce printemps 2022 son numéro 86 intitulé Le territoire, une affaire politique
  • Territoire ! Le mot claque comme un drapeau, il est adulé ou soupçonné. Son double pluriel, les territoires, est phagocyté par la campagne électorale. Qu’en est-il de cet objet politique ? Ce numéro tente de l’objectiver, de l’extraire des catégorisations pour donner à voir ses diversités, ses interdépendances, sa profondeur historique, ses ressources. Les agirs spatiaux comptent, et gagneraient à orienter l’action publique et les formes démocratiques. « L’esprit des lieux » inspire l’artiste, définit les milieux à préserver, imprègne nos affects. On vit tous « l’effroyable douceur d’appartenir ».
  • En réponse à cette invitation, Philippe Mouillon développe dans ce numéro l’idée que le travail du lieu est simplement un travail de passeur qui facilite les résurgences de temps et leur acclimatation sociale :

« Le poète, l’artiste, le jardinier ou l’architecte (et tant d’autres, habités de temps profonds) peuvent travailler un lieu en assemblant soigneusement une certaine qualité d’air, de lumières, de vents dominants, en dosant les minéralités, en synchronisant la rencontre entre des individus, une époque, des temporalités et l’enchevêtrement des écosystèmes terrestres… afin de cristalliser une humeur, une atmosphère impalpable, une intensité particulière qui nous porte et nous invite à vivre. 

D’un site à l’autre, mais aussi d’une époque à l’autre des sociétés humaines, d’une étape à l’autre de notre existence propre, les lieux forment la matrice de notre sensibilité et de nos comportements. Ils sont lieux plutôt que rien en ce qu’ils nous apaisent, nous consolent, nous consolident, nous rassemblent, nous relient, nous grandissent. Ils s’inscrivent en rupture avec l’uniforme simplifié de l’abstraction territoriale pour ouvrir en nous un présent décanté de l’instant, où les présences et les absences demeurent, entrelacées sans fin ». 

 

Dépaysements

On se sent parfois dépaysé, sans pourtant parvenir à cerner ce qui nous désoriente dans ce qui se tient face à nous, irréductible à nos expériences précédentes. De nouvelles émotions prennent forme, encore chancelantes, fragmentaires, équivoques, qui pourront lentement gagner en consistance, se clarifier. Cette quête du dépaysement a été longtemps une expérience esthétique rare, une recherche méditative ou initiatique.

Mais depuis douze mois, nous vivons dépaysés tout en restant sur place. Comme si le sol sous nos pieds avait perdu de sa consistance habituelle. Notre cadre de vie semble désaccordé à ses soubassements, à nos usages les plus courants et aux complicités accumulées au fil du temps.

Devant cette alerte, il nous a semblé utile d’inviter à la rescousse des visions iconoclastes et ludique lors du cycle de performances artistiques et intellectuelles Ça Remue ! fin octobre dernier.

Nos complices sont siffleurs d’oiseaux, jardiniers, architectes, anthropologues, bergères et bergers, performeuses, philosophes, physiciens, écologues, capteuses d’échos, d’aubes ou de nuages, poètes et paysagistes…. Ils ébranlent nos perceptions habituelles des SOLS, des CORPS, de l’ATMOSPHÈRE pour faire émerger des usages plus appropriés du monde.

Local-contemporain publie cette somme d’intuitions rares sous le titre dépaysements. Nous sommes heureux de partager en avant-première avec vous ces quelques extraits :

EXTRAIT DU SOMMAIRE :

Alexandra Engelfriet : CORPS À CORPS

Au-dessous de la couche dominante de la pensée s’ouvre, couche après couche, un continent qui ne peut être exprimé en mots, mais seulement expérimenté. En pénétrant ces couches profondes se produit un phénomène merveilleux qui, au fond de moi, m’ouvre au monde, à une réalité plus entière. L’argile est cette réalité primordiale, antérieure au langage.

Johnny Rasse : DEVENIR INVISIBLE

Entrer en conversation avec un oiseau nécessite de se rendre totalement disponible et façonnable puisque mon corps, ma voix et mes résonateurs devront se redessiner pour accueillir ce chant. Mais cela procure un sentiment profond de plénitude et d’unité avec ce qui m’entoure. Je crois avoir cherché durant toute ma vie, et surtout durant mon enfance, l’ivresse de ce moment.

Catherine Grout : RESPIRER AVEC LA TERRE ET LE CIEL

Si nous nous caractérisons en tant qu’homo sapiens par notre verticalisation, nous ne tenons pas debout de manière tranquille. Nous sommes en relation avec tout ce qui nous entoure dans cette liaison gravitaire et anti-gravitaire terre-ciel avec un échange de forces et d’énergies. Notre relation à l’horizon n’est pas non plus tranquille. Ni aux nuages d’ailleurs.

Maryvonne Arnaud : LE PAYSAGE PREMIER

Pourra-t-on un jour revivre de paysages ? Pourra-t-on survivre de paysages ? Est-ce que les gestes d’accueil, les voix hospitalières, les odeurs, la douceur du soleil réveilleront le paysage ? Est-ce que les regards des enfants nés ici ou là, sans sol, nés entre, nés nulle part raviveront le goût du paysage ? Ces enfants qui ne savent pas le paysement, deviendront-ils des passeurs de paysages ?

Gilles Clément : UNE INVERSION DES PAYSAGES

Reprocher à une plante ou à un animal d’être là alors qu’il vient d’ailleurs, c’est ne rien comprendre à la réalité comportementale du vivant. Nous sommes soumis à un modèle culturel cloisonné, avec une vision fixiste totalement bloquée, où il n’y a pas d’issue. Cela traduit une incompréhension des mécanismes ordinaires de la vie et de l’évolution.

Daniel Bougnoux : DÉCOÏNCIDER

Nos vies se jouent à coups de dés : dé-paysement, dé-centrement, dé-localisation, départs… Nous sommes des êtres de désir et ce désir nous déchire, nous disloque, nous exile de tout paysage ou pays.

Bruno Caraguel : LA REMUE

Nous ne referons pas les villes, mais nous pouvons les rendre perméables aux vivants. C’est le choix d’un émerveillement qui n’est ni nostalgique ni passéiste, mais prospectif et innovant.

Pierre Janin / Thomas Mouillon :OBSERVER LES SOLS SOUS NOS PIEDS

Ancrage et nomadisme, rural et urbain, local et territorial, intellectuels et manuels, nous nous inscrivons dans le temps agricole des estives, le temps de la transhumance qui reste un formidable modèle..

Anaïs Tondeur : UNE TRANSPARENCE TROMPEUSE

Le Parlement des nuages transforme la salle d’exposition en prétoire. Un prétoire silencieux, comme en attente de verdict, où ce sont les nuages qui semblent devenus les témoins à charge, où ces entités transparentes sont reconnues pour leur place au cœur de l’équilibre du monde, garant du maintien de la respiration des corps.

Henry Torgue: LA GRANDE ÉCOUTE DU MONDE

Le bain sonore qui immerge nos vies ne se réduit pas à un habillage acoustique plaqué sur le paysage visuel. Dès le ventre de notre mère, l’ouïe est l’un de nos sens actifs pour appréhender le monde.

Jean-Christophe Bailly : BREF RETOUR SUR UN TITRE

Aussitôt que nous sortons du cercle de nos déplacements quotidiens, nous nous disposons à être dépaysés, projetés dans un autre espace et d’autres espacements, dans la position de l’apprenti qu’en fait nous ne devrions jamais abandonner.

Marc Higgins : LES SOUVENIRS DE VOYAGE DE DOUGLAS WHITE

Les Palmiers noirs de Douglas White sont au croisement de deux logiques jumelles d’exploitation intensive et aveuglée du monde. Ils nous invitent à nous allonger à l’ombre de la mondialisation touristique et de la domination de nos imaginaires. Ils ne contiennent aucun espoir.

Marie Chéné : TOUT AJOUT JOUE

L’écho nous renvoie, totalement ou en partie, ce qu’on lui a envoyé, et c’est comme s’il nous le redonnait tout neuf, comme s’il nous le faisait véritablement entendre. On lui propose un petit germe de langage et, d’un coup de revers, il vous fait la phrase complète.

Anne-Laure Amilhat-Szary : MOURIR DE PAYSAGE

Il n’est plus possible de contempler des lumières côtières sans penser aux drames migratoires qui traversent ces mêmes paysages.

Marie-Pascale Dubé : CETTE IMMENSITÉ RESSENTIE…

Plus je chante, plus j’ai le sentiment de revenir à quelque chose de déjà là et qui me surprend, qui ouvre et réveille des émotions déjà présentes en moi. Une pulsion de joie et une souffrance. C’est de l’ordre de la guérison. Je ne suis ni chamane ni guérisseuse, mais je sens qu’en moi, le chant me guérit.

Lora Juodkaite, Rachid Ouramdane : À CÔTÉ DU RÉEL

Pour moi, la giration reste une pratique quotidienne très simple. Ma conscience s’abandonne, je m’incline, et j’en suis reconnaissant. C’est peut-être pour cela que ce mouvement demeure en moi.

Jean-Pierre Brazs : LE MONDE EST D’UN USAGE DÉLICAT

Rien ne pouvant vraiment exister sans être dit, les mots du paysage ont une place à prendre, y compris dans le paysage lui-même.

Hervé Frumy : UNE NUIT SUR L’INACCESSIBLE

Un bivouac sur le mont Aiguille, vaincu le 26 juin 1492 par volonté royale. Accompagné de plusieurs corps de métier, Antoine De Ville y restera une semaine, le temps de dire une messe et de poser trois croix.

Ça Remue ! est une initiative de LABORATOIRE réalisée avec les soutiens de l’Idex Univ. Grenoble Alpes, du Département de l’Isère dans le cadre de paysage>paysages et de la Fondation Carasso sous l’égide de la Fondation de France.

Les promesses de l’incertitude

  • Sous la double impulsion de Ségolène Marbach, Directrice éditoriale des PUG et de Alain Faure, Directeur de recherche CNRS en science politique, une collection intitulée « le virus de la recherche » d’ebooks écrits par des chercheurs, toutes disciplines confondues, aborde à chaud cette expérience inédite du confinement et de la pandémie Covid-19.

 

  • En réponse à cette invitation, Philippe Mouillon explore les promesses ouvertes par cet état du monde : « Ce temps de confinement nous offre une rare occasion de nous emparer de ces outils – l’échelle, le geste, le temps et l’attention – de les aiguiser, et d’oeuvrer » : les-promesses-de-l’incertitude

     

    Tous les textes sont édités en version numérique, accessibles en ligne et téléchargeables gratuitement : « Le virus de la recherche » 

    (Et pour accompagner votre lecture, cette grive musicienne virtuose enregistrée à la tombée de la nuit…)