Reprendre l’espace public !

Alors que la résistance ukrainienne renverse à Kiev la statue dédiée à l’amitié entre les peuples russe et ukrainien, des artistes et intellectuels roumains se demandent comment renouveler radicalement la présence artistique dans l’espace public de Bucarest.

Ici comme ailleurs, le rouleau compresseur de l’imaginaire marchand domine l’espace public, mais la ville est un palimpseste complexe composé tour à tour par les imaginaires byzantins puis orthodoxes, les occupations austro-hongroises puis soviétiques, la fréquence des tremblements de terre, l’état d’abandon d’édifices dont les propriétaires ont disparu lors des catastrophes du XXe siècle, et aujourd’hui par l’Eldorado débridé de l’économie mondialisée.

Dans ce contexte, sur quelle légitimité s’appuyer ? Comment prendre la main sans attendre ? Comment régénérer l’espace public en l’ouvrant aux initiatives transversales ? Comment mettre en commun les divergences d’interprétation du monde ? Comment contribuer à l’autonomie des individus ? Comment revivifier ? Comment accueillir les pensées dissidentes, les poétiques, les innovations sociales ?

L’initiative conduite par Edmond Niculusca (ARCEN) et soutenue par l’Institut Français de Bucarest associe les artistes Pisica Patrata, Dan Perjovschi, Cristian Neagoe, l’architecte-urbaniste Monica Sebestyen et l’ancienne ministre de la culture Corina Suteu, experte internationale en politiques culturelles innovantes.

Le travail du lieu

  • multitudes – revue politique artistique philosophique, publie ce printemps 2022 son numéro 86 intitulé Le territoire, une affaire politique
  • Territoire ! Le mot claque comme un drapeau, il est adulé ou soupçonné. Son double pluriel, les territoires, est phagocyté par la campagne électorale. Qu’en est-il de cet objet politique ? Ce numéro tente de l’objectiver, de l’extraire des catégorisations pour donner à voir ses diversités, ses interdépendances, sa profondeur historique, ses ressources. Les agirs spatiaux comptent, et gagneraient à orienter l’action publique et les formes démocratiques. « L’esprit des lieux » inspire l’artiste, définit les milieux à préserver, imprègne nos affects. On vit tous « l’effroyable douceur d’appartenir ».
  • En réponse à cette invitation, Philippe Mouillon développe dans ce numéro l’idée que le travail du lieu est simplement un travail de passeur qui facilite les résurgences de temps et leur acclimatation sociale :

« Le poète, l’artiste, le jardinier ou l’architecte (et tant d’autres, habités de temps profonds) peuvent travailler un lieu en assemblant soigneusement une certaine qualité d’air, de lumières, de vents dominants, en dosant les minéralités, en synchronisant la rencontre entre des individus, une époque, des temporalités et l’enchevêtrement des écosystèmes terrestres… afin de cristalliser une humeur, une atmosphère impalpable, une intensité particulière qui nous porte et nous invite à vivre. 

D’un site à l’autre, mais aussi d’une époque à l’autre des sociétés humaines, d’une étape à l’autre de notre existence propre, les lieux forment la matrice de notre sensibilité et de nos comportements. Ils sont lieux plutôt que rien en ce qu’ils nous apaisent, nous consolent, nous consolident, nous rassemblent, nous relient, nous grandissent. Ils s’inscrivent en rupture avec l’uniforme simplifié de l’abstraction territoriale pour ouvrir en nous un présent décanté de l’instant, où les présences et les absences demeurent, entrelacées sans fin ». 

 

Rencontres ArTeC

  • L’École Universitaire de Recherche ArTec a pour vocation de favoriser les articulations originales entre recherche et formation supérieure (master, doctorat) entre création artistique, cognition et technologies numériques, entre humanités, ingénierie, design et sciences sociales, entre campus universitaires, institutions culturelles, activismes associatifs et entreprises privées. Elle repose sur un partenariat avec un large ensemble d’institutions universitaires et culturelles : BNF, Centre Pompidou, Archives Nationales, Gaité-Lyrique…. Le champ de recherche concerné est circonscrit par son intitulé : Arts, Technologies, numériques, médiations humaines et Créations. L’art, la création et les technologies apportent une dimension particulière de questionnement et d’ouverture aux enjeux fondamentaux des médiations humaines, sur le plan culturel, social et politique. Les créations artistiques constituent ici à la fois des terrains et des méthodes privilégiés pour mieux comprendre les enjeux des mutations en cours. Ce rendez-vous associe étudiant.e.s, enseignant.e.s, chercheur.e.s, artistes et curieux.ses, pour tenter de projeter des imaginaires futurs, au-delà des formes instituées.
  • Le Conseil Externe de l’ArTeC se compose de Maryvonne Arnaud, artiste, animatrice du Laboratoire à Grenoble et de la revue local.contemporain ; Noel Fitzpatrick, professeur de Philosophie et esthétique et doyen de la Graduate School of Creative Arts and Media (GradCAM) affiliée à la Technological University Dublin, Irelande ; Alain Fleischer, artiste, directeur Le Fresnoy, Lille ; Benoît Hennaut, directeur de l’École nationale supérieure des Arts visuels de La Cambre, Bruxelles, Belgique ; Philippe Mouillon, artiste, animateur du Laboratoire à Grenoble et de la revue local.contemporain ; Marie-Hélène Pereira, directrice des programmes de la Raw Material Company, Dakar, Sénégal ; Catherine Quéloz &  Liliane Schneiter, professeures en histoire de l’art, ex-directrices du programme CCC d’études critiques curatoriales cybermédias de la HEAD, Genève et coordinatrices de la Plateforme Indépendante de Recherche et de Pratique Doctorale (IRPDP) en Suisse.Chacun d’entre eux est sollicité pour réagir, imaginer, interroger, se projeter à partir des formes imaginaires nouvelles proposées, plus ou moins émancipées des références dominantes, des postures correctes, des horizons autorisés, nécessaires ou soutenables.

Voici un extrait des notes de Philippe Mouillon en réponse à cette sollicitation :

Faut-il prendre un chien ? s’interrogeait Alain Damasio en nous présentant l’École des vivants, ce lieu de trans-formation polytique qu’il installe actuellement aux environs de Sisteron. C’est une question qui traverse l’humanité depuis le néolithique. Faut-il prendre un chien ? Oui, si nous voulons protéger le domestique du sauvage, Non, si nous ne voulons pas bouleverser les écosystèmes présents au-delà de la Domus. Ce scrupule pour les équilibres extérieurs fut rare dans l’histoire de l’humanité. Nous avons même envoyé sans vergogne des chiens en orbite autour de la Terre, c’est-à-dire sans nous accorder avec eux sur la mission, estimant sans doute qu’ils n’avaient pas l’expertise suffisante. Pourtant, si nous acceptions parfois de nous déprendre, alors nous ne prendrions pas de chien, mais un chien pourrait nous prendre. Nous pourrions lui proposer d’associer nos horizons, comme le font les bergers pour lesquels le chien est comme une prolongation hybride de la main, ou comme ces paysans-chasseurs étudiés par l’ethnologue Charles Stepanoff[1] et qui se disent possédés par la terre, l’arpentant en tentant de se placer d’un point de vue qui s’échappe, celui du lièvre ou du sanglier, ce qui nécessite d’intégrer en soi la perspective du chien. Ces zones floues contrariant les distinctions nécrosées entre nature et culture, humanité et animalité, intriguaient déjà Xénophon[2].  Il pourrait être utile de se les réapproprier pour aborder moins naïvement notre nouvelle condition terrestre.

Car nos références communes sont hélas, simplement, les références dominantes. La colonisation des imaginaires par les stars de la finance, dont les collections d’art contemporain rythment désormais les calendriers culturels, et par les oligopoles du numérique, dont la capitalisation financière infinie est sans équivalent historique, nécessite de convoquer des approches plus incorrectes comme le fait le philosophe Jaime Vindel[3] lorsqu’il parle d’esthétique fossile[4] en mettant en évidence les liens de dépendance et de complicité entre les imaginaires du progrès industriel et les intérêts des multinationales de l’extraction pétrolière et gazière. Nous pourrions en ce sens parler aujourd’hui d’une esthétique du clic et proposer, en réplique, d’entamer la formation universitaire par une décarbonisation des imaginaires afin de parvenir à faire chorale, chant commun, car il n’existe sans doute pas d’autre horizon soutenable.

Mais au-delà des chiens, les écosystèmes sont perturbés par les avions de chasse, comme nous le rappelle le bioacousticien Bernie Kraus observant combien les crapauds ont besoin de chanter en chœur, de faire chorale[5], pour échapper à leurs prédateurs et séduire leur âme sœur. Cet accordage du chœur des crapauds nécessite environ 45 minutes, cruellement déchiré par le passage du mur du son des avions militaires qui ruine ainsi les efforts de chant à l’unisson et permet aux prédateurs de les déguster goulument.

Derrière son apparence ludique, l’industrie numérique est une industrie de chasseurs, particulièrement gourmande de financements militaires. Dans son Bestiaire de l’anthropocène[6], Nicolas Nova nous signale que certaines armées entrainent des rapaces à intercepter des drones. D’autres, ou les mêmes, invitent des auteurs de science-fiction à imaginer des menaces sournoises car inattendues. Nous pourrions proposer, en réplique, de compléter la formation universitaire par une sensibilisation aux menaces, à nos aveuglements collectifs devant les prédateurs.

Mais la leçon principale de l’exposé de Nicolas Nova reste la recherche obstinée du contexte. Notre nouvelle condition historique nous impose de sortir à marche forcée de notre sphère climatisée et décontextualisée, notre immense Domus anthropisé, pour penser et panser les conséquences de cette situation nouvelle. Les externalités ne sont plus là où nous les imaginions et nous semblent devenues toxiques. Nous pourrions proposer, en réplique, de poursuivre la formation universitaire en entrainant à la perception d’indices furtifs, principalement situés hors du Domus académique, puis à leur amplification et mise en perspective en intégrant la perspective du chien, ou celle du réparateur de smartphone[7] ou de toute autre altérité, c’est à dire en acceptant de nous déprendre pour accueillir et méditer les divergences dynamiques discrètes.

Enfin, j’ai encore en mémoire la joie vécue en découvrant les Voices of rain forest recueillies par l’ethnomusicologue Steven Feld[8], ces merveilleux chants d’oiseaux et de bestioles diverses qui sont, pour la communauté des Bosaviens habitant en forêt tropicale de Papouasie-Nouvelle-Guinée, non pas l’expression des écosystèmes mais les chants nocturnes des ancêtres. Et j’ai songé alors au poids considérable de la tradition du Jugement dernier dans nos sacs à dos d’européens imprégnés de monothéisme. Comme ce doit être bon et apaisant d’écouter les ancêtres twitter la nuit ces gazouillements extravagants. Non pas pour vivre en innocence, mais pour gagner en intensité. Les expériences de désorientation proposées par Yves Citton et l’équipe ArTeC, en sortant des programmes établis de transmission des savoirs, butent évidemment sur la difficulté de repenser la légitimité et les méthodes comptables de cette pesée des âmes qui achève chaque année universitaire, mais elles œuvrent cependant en nous, élargissant nos capacités d’échappée aux orthodoxies ambiantes.

[1] Charles Stépanoff L’animal et la mort. Chasses, modernité et crise du sauvage Ed la Découverte 2021

[2] Xénophon L’Art de la ChasseLes Belles Lettres, 1970

[3] Jaime Vindel  Estética fósil.Imaginarios de la energía y crisis ecosocial Ed Arcadia (Barcelona) 2020

[4] https://modernidadesdescentralizadas.com/projets/esthetique-fossile/

[5] Cité par Pascale de Senarciens et Ella Gouet, étudiantes du master ArTeC

[6] Nicolas Nova A Bestiary of the Anthropocene: On Hybrid Minerals, Animals, Plants, Fungi Ed Onomatopee 2021

[7] Nicolas Nova Dr. Smartphones: an ethnography of mobile phone repair shops, 2020

[8] Cité par Jonhatan Larcher (post-doctorant ArTeC) et Damien Mortier

 

Dépaysements

On se sent parfois dépaysé, sans pourtant parvenir à cerner ce qui nous désoriente dans ce qui se tient face à nous, irréductible à nos expériences précédentes. De nouvelles émotions prennent forme, encore chancelantes, fragmentaires, équivoques, qui pourront lentement gagner en consistance, se clarifier. Cette quête du dépaysement a été longtemps une expérience esthétique rare, une recherche méditative ou initiatique.

Mais depuis douze mois, nous vivons dépaysés tout en restant sur place. Comme si le sol sous nos pieds avait perdu de sa consistance habituelle. Notre cadre de vie semble désaccordé à ses soubassements, à nos usages les plus courants et aux complicités accumulées au fil du temps.

Devant cette alerte, il nous a semblé utile d’inviter à la rescousse des visions iconoclastes et ludique lors du cycle de performances artistiques et intellectuelles Ça Remue ! fin octobre dernier.

Nos complices sont siffleurs d’oiseaux, jardiniers, architectes, anthropologues, bergères et bergers, performeuses, philosophes, physiciens, écologues, capteuses d’échos, d’aubes ou de nuages, poètes et paysagistes…. Ils ébranlent nos perceptions habituelles des SOLS, des CORPS, de l’ATMOSPHÈRE pour faire émerger des usages plus appropriés du monde.

Local-contemporain publie cette somme d’intuitions rares sous le titre dépaysements. Nous sommes heureux de partager en avant-première avec vous ces quelques extraits :

EXTRAIT DU SOMMAIRE :

Alexandra Engelfriet : CORPS À CORPS

Au-dessous de la couche dominante de la pensée s’ouvre, couche après couche, un continent qui ne peut être exprimé en mots, mais seulement expérimenté. En pénétrant ces couches profondes se produit un phénomène merveilleux qui, au fond de moi, m’ouvre au monde, à une réalité plus entière. L’argile est cette réalité primordiale, antérieure au langage.

Johnny Rasse : DEVENIR INVISIBLE

Entrer en conversation avec un oiseau nécessite de se rendre totalement disponible et façonnable puisque mon corps, ma voix et mes résonateurs devront se redessiner pour accueillir ce chant. Mais cela procure un sentiment profond de plénitude et d’unité avec ce qui m’entoure. Je crois avoir cherché durant toute ma vie, et surtout durant mon enfance, l’ivresse de ce moment.

Catherine Grout : RESPIRER AVEC LA TERRE ET LE CIEL

Si nous nous caractérisons en tant qu’homo sapiens par notre verticalisation, nous ne tenons pas debout de manière tranquille. Nous sommes en relation avec tout ce qui nous entoure dans cette liaison gravitaire et anti-gravitaire terre-ciel avec un échange de forces et d’énergies. Notre relation à l’horizon n’est pas non plus tranquille. Ni aux nuages d’ailleurs.

Maryvonne Arnaud : LE PAYSAGE PREMIER

Pourra-t-on un jour revivre de paysages ? Pourra-t-on survivre de paysages ? Est-ce que les gestes d’accueil, les voix hospitalières, les odeurs, la douceur du soleil réveilleront le paysage ? Est-ce que les regards des enfants nés ici ou là, sans sol, nés entre, nés nulle part raviveront le goût du paysage ? Ces enfants qui ne savent pas le paysement, deviendront-ils des passeurs de paysages ?

Gilles Clément : UNE INVERSION DES PAYSAGES

Reprocher à une plante ou à un animal d’être là alors qu’il vient d’ailleurs, c’est ne rien comprendre à la réalité comportementale du vivant. Nous sommes soumis à un modèle culturel cloisonné, avec une vision fixiste totalement bloquée, où il n’y a pas d’issue. Cela traduit une incompréhension des mécanismes ordinaires de la vie et de l’évolution.

Daniel Bougnoux : DÉCOÏNCIDER

Nos vies se jouent à coups de dés : dé-paysement, dé-centrement, dé-localisation, départs… Nous sommes des êtres de désir et ce désir nous déchire, nous disloque, nous exile de tout paysage ou pays.

Bruno Caraguel : LA REMUE

Nous ne referons pas les villes, mais nous pouvons les rendre perméables aux vivants. C’est le choix d’un émerveillement qui n’est ni nostalgique ni passéiste, mais prospectif et innovant.

Pierre Janin / Thomas Mouillon :OBSERVER LES SOLS SOUS NOS PIEDS

Ancrage et nomadisme, rural et urbain, local et territorial, intellectuels et manuels, nous nous inscrivons dans le temps agricole des estives, le temps de la transhumance qui reste un formidable modèle..

Anaïs Tondeur : UNE TRANSPARENCE TROMPEUSE

Le Parlement des nuages transforme la salle d’exposition en prétoire. Un prétoire silencieux, comme en attente de verdict, où ce sont les nuages qui semblent devenus les témoins à charge, où ces entités transparentes sont reconnues pour leur place au cœur de l’équilibre du monde, garant du maintien de la respiration des corps.

Henry Torgue: LA GRANDE ÉCOUTE DU MONDE

Le bain sonore qui immerge nos vies ne se réduit pas à un habillage acoustique plaqué sur le paysage visuel. Dès le ventre de notre mère, l’ouïe est l’un de nos sens actifs pour appréhender le monde.

Jean-Christophe Bailly : BREF RETOUR SUR UN TITRE

Aussitôt que nous sortons du cercle de nos déplacements quotidiens, nous nous disposons à être dépaysés, projetés dans un autre espace et d’autres espacements, dans la position de l’apprenti qu’en fait nous ne devrions jamais abandonner.

Marc Higgins : LES SOUVENIRS DE VOYAGE DE DOUGLAS WHITE

Les Palmiers noirs de Douglas White sont au croisement de deux logiques jumelles d’exploitation intensive et aveuglée du monde. Ils nous invitent à nous allonger à l’ombre de la mondialisation touristique et de la domination de nos imaginaires. Ils ne contiennent aucun espoir.

Marie Chéné : TOUT AJOUT JOUE

L’écho nous renvoie, totalement ou en partie, ce qu’on lui a envoyé, et c’est comme s’il nous le redonnait tout neuf, comme s’il nous le faisait véritablement entendre. On lui propose un petit germe de langage et, d’un coup de revers, il vous fait la phrase complète.

Anne-Laure Amilhat-Szary : MOURIR DE PAYSAGE

Il n’est plus possible de contempler des lumières côtières sans penser aux drames migratoires qui traversent ces mêmes paysages.

Marie-Pascale Dubé : CETTE IMMENSITÉ RESSENTIE…

Plus je chante, plus j’ai le sentiment de revenir à quelque chose de déjà là et qui me surprend, qui ouvre et réveille des émotions déjà présentes en moi. Une pulsion de joie et une souffrance. C’est de l’ordre de la guérison. Je ne suis ni chamane ni guérisseuse, mais je sens qu’en moi, le chant me guérit.

Lora Juodkaite, Rachid Ouramdane : À CÔTÉ DU RÉEL

Pour moi, la giration reste une pratique quotidienne très simple. Ma conscience s’abandonne, je m’incline, et j’en suis reconnaissant. C’est peut-être pour cela que ce mouvement demeure en moi.

Jean-Pierre Brazs : LE MONDE EST D’UN USAGE DÉLICAT

Rien ne pouvant vraiment exister sans être dit, les mots du paysage ont une place à prendre, y compris dans le paysage lui-même.

Hervé Frumy : UNE NUIT SUR L’INACCESSIBLE

Un bivouac sur le mont Aiguille, vaincu le 26 juin 1492 par volonté royale. Accompagné de plusieurs corps de métier, Antoine De Ville y restera une semaine, le temps de dire une messe et de poser trois croix.

Ça Remue ! est une initiative de LABORATOIRE réalisée avec les soutiens de l’Idex Univ. Grenoble Alpes, du Département de l’Isère dans le cadre de paysage>paysages et de la Fondation Carasso sous l’égide de la Fondation de France.

Les promesses de l’incertitude

  • Sous la double impulsion de Ségolène Marbach, Directrice éditoriale des PUG et de Alain Faure, Directeur de recherche CNRS en science politique, une collection intitulée « le virus de la recherche » d’ebooks écrits par des chercheurs, toutes disciplines confondues, aborde à chaud cette expérience inédite du confinement et de la pandémie Covid-19.

 

  • En réponse à cette invitation, Philippe Mouillon explore les promesses ouvertes par cet état du monde : « Ce temps de confinement nous offre une rare occasion de nous emparer de ces outils – l’échelle, le geste, le temps et l’attention – de les aiguiser, et d’oeuvrer » : les-promesses-de-l’incertitude

     

    Tous les textes sont édités en version numérique, accessibles en ligne et téléchargeables gratuitement : « Le virus de la recherche » 

    (Et pour accompagner votre lecture, cette grive musicienne virtuose enregistrée à la tombée de la nuit…) 

 
 
 

L’édition : paysage-animal

Alors que nous sommes témoins de l’effondrement des populations animales, il nous semble urgent et nécessaire de mettre en lumière la part animale de l’humanité.

L’humanisation du monde a prospéré en asservissant les autres espèces, jusqu’à oublier l’enracinement animal de nos sensations et de nos émotions, cette lointaine complicité dont témoignent les peintures des grottes de Lascaux ou celles de Chauvet. Sauvages ou domestiqués, les animaux ont élargi notre conscience et nos perceptions, et ce serait une régression épouvantable d’accepter un monde partagé entre l’industrialisation des animaux « utiles » et un désert écosystémique généralisé.

Pour que l’humanité n’échappe pas aux êtres humains, il nous faut recomposer les sociétés humaines afin de faciliter le déplacement, le séjour et l’épanouissement des animalités, c’est-à-dire assembler des enchevêtrements de rythmes et de trajectoires qui ne se plient pas seulement aux intérêts et aux projets humains. Car les animaux participent à l’équilibre de nos sociétés par leurs travaux, leur affection, l’irréductibilité de leurs comportements.

En associant les savoirs et les sensibilités de bergers, artistes, éleveurs, philosophes, anthropologues, éthologues, géographes…, paysage-animal dessine les contours d’une relation plus intense et équilibrée entre les êtres vivants partageant une même terre.

Dialogue avec un troupeau / Laurent Four dans le cadre de
Ça Remue !

 

Sommaire du numéro :

  • Mode d’emploi Alain Faure
  • Paysage-animal Philippe Mouillon
  • Humus humanité Daniel Bougnoux
  • Didactiques de l’accordage affectif pour temps d’effondrement Yves Citton
  • Enchanté par le troupeau Inge Linder-Gaillard
  • Un troupeau sur le campus, pour quoi faire ? Bruno Caranguel
  • Pâturer les champs de la connaissance Guillaume Lebaudy
  • Animaux au travail Jean Estebanez
  • L’université intégrée, une symphonie pastorale Jean-Charles Froment
  • Affleurer le paysage Olivier de Sépibus
  • Un monde d’insectes Laurence Després
  • Transmettre des émotions Katia Després et Gael Sauzeat
  • Gonepteryx Rhamni Caroline Duchatelet
  • Tentatives d’approches d’un point de suspension  Yoann Bourgeois
  • De l’humeur des araignées Conversation avec Abraham Poincheval
  • Les textures du temps Jordi Galí
  • Des places pour le vivant Conversations avec Victoria Klotz
  • Mémoire d’eau Conversation avec Cyrille André
  • Animisme et wilderness Nastassja Martin
  • Paysages humanimaux Coralie Mounet
  • Entre chiens et loups Conversation avec Antoine le Menestrel
  • Migrateurs Antoine Choplin
  • Le vivant, les sons et le territoire Henry Torgue
  • Conditions animales Maryvonne Arnaud
  • Pour une ville où les murs piaillent et chantent Milena Stefanova
  • Atlas des mondes de chacun Philippe Mouillon
  • Perdu pigeon blanc Conversation avec Alban de Chateauvieux
  • Les animés Conversation avec Alexandra Arènes

 

Ont contribué à ce numéro : Cyrille André, Anne-Laure Amilhat Szary, Alexandra Arènes, Maryvonne Arnaud, Jean Boucault, Daniel Bougnoux, Yoann Bourgeoi, Laure Brayer, Bruno Caraguel, Alban de Chateauvieux, Antoine Choplin, Yves Citton, Laurences Després, Katia Després, Caroline Duchatelet, Jean Estebanez, Laurent Four, Jean-Charles Froment, Jordi Galí, Soheil Hajmirbaba, Catherine Hannï, Victoria Klotz, Béatrice Korc, Olivier Labussière, Guillaume Lebaudy, Inge Linder-Gaillard, Nastassjia Martin, Antoine le Menestrel, Jérôme Michalon, Philippe Mouillon, Coralie Mounet, Abraham Poincheval, Johnny Rasse, Gael Sauzeat, Milena Stefanova, Olivier de Sépibus, Henry Torgue.

Images originales de : Cyrille André, Jean-Pierre Angei, Alexandra Arènes, Maryvonne Arnaud, Friedrich Böhringer, Marianne Elias, Olivier Garcin, Sonia Levy, Vita Manak, Fred Massé, Stéphanie Nelson, Olivier de Sépibus

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