Contexte

La quatrième saison de paysage>paysages aborde le paysage par le dépaysement. Longtemps, le dépaysement a été le privilège du voyageur, puis du touriste occidental. Certaines figures vagabondes comme Victor Segalen ou Nicolas Bouvier furent véritablement poreuses, traversées par le monde et ont rédigé des carnets éblouissants sur ses usages possibles. Mais dans la plupart des récits de voyage, la quête d’exotisme a masqué ou brouillé les réflexions sur l’expérience profonde de l’altérité. Le timbre-poste, la carte postale et le dépliant d’agence de voyage en ont été les icones. Les paysages lointains se sont imposés comme des fictions, un décor illusoire débarrassé des lignes de forces radicales qui les innervaient en profondeur. 

Et pourtant… Chaque paysage est d’abord une désorientation, y compris dans notre environnement proche, à l’heure où notre cadre familier apparait sans cesse « dépaysé », vacant, noyé dans une uniformisation planétaire. La déterritorialisation est une expérience dominante du monde contemporain. C’est la forme inversée du dépaysement. Elle désaccorde le lieu à ses soubassements, aux usages et aux complicités accumulés au fil du temps. Les lieux de l’industrie touristique, de l’industrie agricole, des hubs de transport et des plateformes offshore occupent les pays comme une armée étrangère, dans l’amnésie des appartenances. Ce sont des lieux clonés sur un modèle industriel dont la plantation coloniale a été à la fois le précurseur et le prototype. Des lieux qui s’épanouissent aujourd’hui uniformément dans le monde…

Nous vivons dans l’illusion d’une forme paysagère stable multipliable à l’identique alors même que la métamorphose rapide de nos écosystèmes nous impose d’autres postures sensibles et intellectuelles. Il devient essentiel de retrouver une connivence avec la densité poétique du lieu et des êtres vivants qui le peuplent, avec un vivant toujours ouvert, sans promesse de stabilité, polyphonique, rythmé de trajectoires enchevêtrées, indifférent aux intérêts et aux projets humains.

Pré-programme  

Usages du monde 

TABLE RONDE PUBLIQUE  (sur inscription à contact > lelaboratoire.net)

jeudi 15 de 10H à 13H / Salle de réunion / musée Dauphinois

Autour de Nastassjia Martin, Marie-Pascale Dubé, Jean Bouscault et Johnny Rasse, Marie Chéné, Alexandra Engelfriet. Ils sont artistes ou anthropologue, mais ils ont en commun de se tenir depuis l’enfance au bord de plusieurs mondes, les associant avec virtuosité par leurs capacités d’écoute, d’accueil, de traduction ou d’interprétation. Ils nous révèlent des voix enchevêtrées, incertaines, fragiles, floues, déconcertantes, des résurgences obstinées qui nous aident à percevoir comme une texture des premiers matins du monde ou à imaginer les métamorphoses singulières, toujours à venir, du vivant.

jeudi 15 de 14H à 17H30 / Salle de réunion / musée Dauphinois

Autour de Pierre & Rémi Janin, Bruno Caraguel et Gilles Clément pour débattre de territoires attentifs aux formes vivantes et qui y puisent inspiration. Les frères Janin sont architectes, éleveurs et paysagistes. Ils utilisent le bétail ou les labours comme des vecteurs performants d’aménagement paysagé. Ils prennent en considération, dans le sens le plus puissant du terme, la nature environnante, la densité poétique du lieu, les êtres vivants qui le peuplent pour penser les spécificités territoriales. Bruno Caraguel dirige la Fédération des alpages de l’Isère et développe avec le LABORATOIRE le projet d’implantation d’un troupeau pérenne sur le campus universitaire réaffirmant la place des animalités dans les humanités, enfin le jardinier Gilles Clément propose des approches respectueuses et confiantes dans les initiatives spontanées de la nature.

Le chant de l’aurore / Marie-Pascale Dube 

PERFORMANCE VOCALE jeudi 15 à 10H, vendredi 16 à 12H / Cloître du musée Dauphinois

Cette comédienne-performeuse s’exprime avec des sons formés depuis l’enfance, des sons qu’elle ne sait pas alors qualifier, des sons qui s’échappent de sa gorge en conservant la présence opiniâtre d’autres états et d’autres lieux du corps. Aspirations, râles, vibrations, halètements, souffles, rien dans ce chant ne ressemble à la voix étalonnée en Occident. Plus tard, Marie-Pascale Dubé saura que ces formes chantées ont déjà existées, dans les chants de gorge animistes nord-américain. Elle ira l’apprendre auprès d’une mentor Inuk, expérience qui changera non seulement sa vision de l’histoire de son pays natal, le Canada, mais bouleversera son histoire intime, sensible, son rapport à la nature et au cosmos. Son chant continue d’évoluer en elle, de la surprendre, de la dépasser et dessine sa propre ligne de temps. 

Enraciné / Douglas White 

INSTALLATION du 20 septembre au 18 octobre / la Ferme du musée Dauphinois

Cet artiste anglais s’installe durant plusieurs semaines dans un espace forestier pour mettre à jour les systèmes racinaires de quelques arbres. Par soustraction minutieuse des couches d’humus, avec des outils et une méthodologie d’archéologue, Douglas révèle le réseau inextricable et les fragiles interactions, les complicités entre les différents arbres, arbustes, buissons, champignons qui composent ce sous-bois. Les observations scientifiques les plus récentes rejoignent ici les savoirs vernaculaires anciens des forestiers et l’intuition de l’artiste : chaque forêt repose sur un monde souterrain de collaborations infinies et d’alertes entre espèces différentes qui échappe à l’observation humaine et reste donc négligé. Pourtant, tissés ensemble sous terre par des milliers de kilomètres de fils fongiques vivants, les arbres se nourrissent et se guérissent l’un l’autre. Le tapis de câblages des mycorhizes relie les arbres en gigantesques communautés intelligentes qui s’étendent parfois sur des centaines d’hectares.

Dialogue avec un troupeau / Jean-Marie Davoine 

EXPERIMENTATION ANIMALE vendredi 16 à 10H, samedi 17 à 10H / Pré aux ânes du musée Dauphinois

Ce berger hors du commun propose des performances difficiles à qualifier avec des mots, entre happening et thérapie, destinées à repenser et expérimenter la place des animaux domestiqués dans les sociétés humaines. Une diplomatie subtile et silencieuse du corps, du geste et du regard.  

Les chanteurs d’oiseaux / Jean Bouscault et Johnny Rasse

PERFORMANCE VOCALE jeudi 15 à 17H, vendredi 16 à 13H / Verger du musée Dauphinois

Ces faussaires nous invitent à traverser le paysage, l’oreille attentive au moindre virtuose caché dans les sous-bois. Merle, grive musicienne, sittelle torchepot, fauvette à tête noire, pouillot véloce, mésange, rouge gorge…, ils parviennent à reproduire à l’identique chaque concertiste, lui répondre en improvisant une conversation éblouissante, renouvelée au fil de la marche avec les différentes espèces présentes ce jour-là sur le site.

Avec les arbres / Rachel Gomme  

PERFORMANCE DANSÉE vendredi 16 à 17H, samedi 17 à 16H / Verger du musée Dauphinois

Cette performeuse aborde le paysage urbain par les arbres. Elle imagine une ville qui serait une forêt peuplée d’humains plutôt qu’une métropole décorée d’arbres. Elle compose de vastes échanges d’intimité en invitant chacun à s’appuyer sur leur silence et leur immobilité pour élargir notre perception des paysages, en utilisant le souffle individuel pour converger en une seule respiration collective.

À petite dose… / Marie Chéné et Sophie Vaude  

PERFORMANCE POÉTIQUE vendredi 16 à 11H, samedi 17 à 11H et 14H / Chapelle ou Cloître du musée Dauphinois

Poète et plasticienne, Marie Chéné joue avec les syllabes et les sons. Elle s’attache aux mots et aux fragments de phrases « déjà-là » ou « déjà écrits » pour mieux en souligner les richesses. Durant l’automne 2016, elle a repéré divers lieux d’écho en Isère à l’invitation de paysage>paysages. Puis elle a écrit pour les parois afin que l’écho complète ses phrases : “Cherchez le mur” complété par l’écho donne “ Cherchez le murmure ”, “ À petite dose ” devient “ À petite dose, ose ” et, dans un lieu où l’écho est plus long, “ Jamais l’étonnement ” se transforme en “ Jamais l’étonnement ne ment ”. Les paysages sont ainsi faits de mots, de noms propres ou communs, de phrases qui tentent de dire nos émotions. En duo avec la comédienne Sophie Vaude, Marie Chéné nous invite ici à tester les qualités acoustiques des murs du cloître et de la chapelle.

À côté du réel / Lora Juodkaite    

PERFORMANCE DANSÉE samedi 17 à 12H et 15H / Cour de la ferme du musée Dauphinois

Danseuse de longue date au côté de Rachid Ouramdane, Lora Juodkaite est reconnue pour sa pratique vertigineuse et exceptionnelle de la giration. Elle pratique ce tournoiement depuis l’enfance, comme un rituel quotidien qui la transporte dans un état second. Ce mouvement intrigant et hypnotique plonge le spectateur dans un état particulier qui l’invite à redécouvrir et contempler le lieu sous un angle inconnu. De cette expérience troublante, jaillit une complicité, une intimité intense avec ce qui traverse cette femme. 

Jord Galí et la compagnie Arrangement provisoire  

PERFORMANCE DANSÉE samedi 17 à 14H  / Parvis du musée de Grenoble

BABEL c’est une tour de 12m de haut, une utopie assemblée puis manipulée par 25 personnes en direct sous l’œil des spectateurs. De son élévation à sa dépose, la tour se fait l’écho du groupe au sol, traduit la qualité des relations présentes. Une œuvre d’ensemble, puissante et fragile, intime et monumentale. 

Les conversations artistes/chercheurs 

vendredi 16 à 10H, 11H, 15, 16H / Le séchoir du musée Dauphinois

Chaque heure, et durant une heure, les auteurs invités de la saison 4, artistes, chercheurs, porteurs de savoirs vernaculaires ouvrent un duo ou un trio en conversation : Nastassjia Martin, Alain Faure, Daniel Bougnoux, Douglas White, Marc Higgin, Jean Bouscault, Henry Torgue, Pierre Janin, Bruno Caraguel, Jennifer Buyck, Guillaume Lebaudy, Jean-Pierre Brazs, Philippe Mouillon, Maarten Vanden Eynde, Alexandra Engelfriet, Cino Viggiani, Joël Chevrier, Inge Linder-Gaillard, Marie-Pascale Dubé, Lucie Goujard, Anne-Laure Amilhat Szary…

 

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