paysages-in-situ

Où se trouvait l’artiste quand il a peint ou photographié ce paysage ? C’est l’énigme que vous invite à résoudre un jeu mis en ligne sur le site www.paysages-in-situ.net, ou disponible gratuitement en téléchargeant l’application paysages-in-situ compatible avec tous les types de smartphones. Ce jeu vous propose de choisir une œuvre parmi quelques 300 peintures et photographies de paysages de l’Isère issues des collections du Musée de Grenoble, du musée Hébert de La Tronche, du musée dauphinois et de la bibliothèque d’études de Grenoble. Il consiste à retrouver la position exacte où se tenait l’artiste lorsqu’il a peint ou photographié ce paysage, et vous invite à réaliser à partir de ce point de vue une réplique en photographie ou en dessin ou avec un logiciel de cartographie numérique comme Street view.

Les meilleures interprétations sont exposées à l’occasion des Journées du Patrimoine du 19 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au Musée de Grenoble et au musée Hébert de La Tronche. Puis à l’automne 2016, des bancs seront installés sur chacun de ces sites géolocalisés grâce à vos réponses, l’application paysages-in-situ vous permettra alors de comprendre la démarche des artistes et de découvrir les répliques de tous les participants.

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Comment raffiner nos perceptions ?

Tout semble clair et limpide dans le paysage, et pourtant tout est étrange dans cette notion quand on s’y attarde. On ne regarde sans doute pas le paysage aujourd’hui comme on le regardait autrefois, lorsque les individus étaient majoritairement des ouvriers de la terre, pasteurs ou laboureurs, ni même plus récemment lorsque notre rapport quotidien au monde extérieur ne transitait pas encore si fréquemment par l’écran d’ordinateur ou de téléphone mobile.

Ce mot « paysage » est apparu tardivement dans les principales langues européennes et sensiblement à la même époque (vers 1510), comme si pendant très longtemps les femmes et les hommes qui ont habité et pratiqué le territoire avant nous n’avaient pas ressenti le besoin de nommer ce lointain des environs. Le mot est employé pour la première fois en Europe plusieurs années après l’apparition des premières peintures de paysage (réalisées aux alentours de 1495), et le mot « paysage » traduit d’abord une représentation peinte avant de devenir une « portion de nature qui s’offre à la vue de l’observateur», selon la définition du dictionnaire Le Robert. Cette définition est, elle aussi, étrange car elle suppose l’extériorité du spectateur, c’est-à-dire le face à face entre de la nature offerte, et un observateur retiré du paysage, sur lequel il apporte un point de vue, qu’il observe sans s’y inscrire. Sommes nous si sûr de ne pas être inscrit dans l‘écosystème du milieu que nous observons ?

Paysages-in-situ tente d’aiguiser notre attention individuelle portée au paysage, et de raffiner nos perceptions collectives en les échangeant, en comparant celles des uns avec celles des autres – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes…. Il s’agit, en quelque sorte, de contribuer par le jeu à rendre chacun d’entre nous virtuose en paysage.

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Vue prise à Saint-Egrève, près de Grenoble, Jean Achard, 1884, huile sur toile 147 x 229 cm (collection Musée de Grenoble)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation du processus :  

Paysages-in-situ est un jeu à portée de tous et offert à tous – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes….

Paysages-in-situ est une invitation : invitation à découvrir, observer et comparer les œuvres conservées dans les musées de la région grenobloise, puis à les localiser en allant vérifier dans le paysage réel l’emplacement où se tenait l’artiste, il y a 150 ans, alors que tout a changé dans cet environnement et que le peintre avait sans doute déjà trié et composé à l’époque entre le beau et le laid, le lumineux et le clair-obscur, le fragile et le grotesque.

Environs 200 peintures et 100 photographies anciennes sur plaques de verre composent ce jeu de paysages. Elles sont assez peu présentées au public (10% seulement des œuvres sélectionnées sont issues des expositions permanentes). Il s’agit d’oeuvres provenant des collections du musée de Grenoble, du musée Hébert, du musée Dauphinois, ou de la Bibliothèque de Grenoble, et représentant des paysages appartenant à notre territoire alpin proche.

Ce jeu de paysages invite ensuite chacun à composer une réplique de la vue originelle à l’aide de tous les outils disponibles, des plus nouveaux, comme ceux de la cartographie numérique, aux plus classiques comme le crayon ou la photographie. Nous ne sommes pas si loin des copies exécutées par les amateurs dans les musées de la fin du XIX siècle. Mais là où l’approche par la copie est vécue aujourd’hui comme une discipline asservissante, notre proposition d’interprétation du paysage à l’aide de tous les outils accessibles permet d’associer sans réserve tous les publics, celui des jeux vidéo, des réseaux sociaux, des imageries de synthèse, de la cartographie numérique, de la photographie, du dessin, de l’écriture…. Ce choix pragmatique permet de croiser les esthétiques en créant des tensions dynamiques.

(Réplique de la peinture de jean Achard (1884) par Christian Rau situant l’emplacement à 45,245 de latitude et 5,686 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Réplique de l’huile originale d’Ernest Victor Hareux (1892) par Andréa Bosio situant l’emplacement à 45,182 de latitude et 5,774 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paysages-in-situ offre ensuite à tous d’exposer publiquement sa réponse, lors d’une double exposition du 17 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au musée de Grenoble et au musée Hébert.

Puis à l’automne 2016 chacun pourra venir s’asseoir sur un banc implanté très précisément grâce à la qualité des localisations issues du processus collaboratif, et pourra consulter sur sa tablette ou sur son téléphone toutes les informations disponibles sur cette œuvre et découvrir les répliques inventées par les participants.

Nous pouvons imaginer des situations où le banc trouvera facilement sa place dans le site, favorisant le va et vient entre le passé et le présent, entre le paysage saisi dans l’oeuvre originale et le paysage d’aujourd’hui. Mais il est probable que certains sites se révéleront si bouleversés que l’inscription physique d’un banc à cet emplacement précis apparaîtra étrange, incongru, ou sera simplement impossible. Cet aléa ouvrira un nouvel espace dynamique de réflexion collective sur la condition contemporaine de notre environnement quotidien.

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

Paysages-in-situ est une proposition de Laboratoire, réalisée en partenariat avec > le musée de Grenoble > le musée Dauphinois > le musée Hébert > la Bibliothèque municipale de Grenoble > le musée de l’Ancien Evéché, la Maison de la Nature et de l’Environnement > Grenoble Office de Tourisme > le CAUE de l’Isère > le Méliès > le Laboratoire de recherche CNRS-PACTE > l’Éducation Nationale (DSDEN de l’Isère et DAAC). En partenariat média avec le Dauphiné Libéré, le Petit-Bulletin et France 3 Alpes.
Paysages-in-situ, dispositif d’innovations populaires autour des paysages, est réalisé avec les soutiens > de la région Rhône-Alpes > de Grenoble-Alpes-Métropole > du Département de l’Isère > de la ville de Grenoble > du Ministère de la Culture et de la Communication, dans le cadre des appels à projets numériques culturels innovants > de la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes, au titre de son programme 2015 sur les humanités numériques > de l’UMR LITT&ARTS de l’université Grenoble-Alpes et du CNRS au titre du programme AGIR-PEPS “Écologie des médias”.
 

Atelier-monde

Atelier-Monde tente d’initier un processus d’interrogation en interface avec le public, comme une boucle qui interroge, comme un dispositif d’incubation destiné à refonder la vie de la cité. Ce va et vient entre l’expérience quotidienne et concrète de tout à chacun – ici localisé, et les expériences d’une multitude d’auteurs – disséminés dans le monde, renouvellent l’espace public en l’arrachant aux pesanteurs héritées de l’habitude pour déplier d’autres cohérences.

Le cercle des auteurs associés dès l’origine à l’initiative atelier-monde : les artistes Maryvonne Arnaud et Philippe Mouillon, les sociologues Yves Chalas et Henry Torgue, les philosophes Daniel Bougnoux et Yves Citton, ont affirmé clairement ce postulat en invitant des auteurs vivants en Rhône-Alpes comme Jean-Pierre Chambon, Olivier Frérot, Luc Gwiazdzinski, Bernard Fort, Xavier Garcia, et en les confrontant à d’autres, disséminés dans le monde, comme Bruno Latour, Stefano Boeri, Janek Sowa, François Ascher, Abdelwahab Meddeb, Osamu Nishitani, Patrick Chamoiseau, Bernard Stiegler, Augustin Berque, Thanh Nghiem, Alaa El Aswany, Shumona Sinha

Atelier-Monde place les représentations esthétiques au cœur du dispositif d’échange. Chaque atelier s’ouvre et s’appuie sur des images, des films, des fragments sonores, autant d’indices du monde qui provoquent et stimulent la réflexion, mais qui permettent aussi et surtout de préserver un échange intellectuel accessible au citoyen ordinaire, car plus intuitif et ouvert sur l’expérience intime.

Cette collecte mondiale de doutes est une tentative de rendre visibles les impensés de l’époque, les fragilités des représentations et des interprétations dominantes d’un réel qui s’échappe, qui n’est jamais là où on le cherche, ou sous la forme attendue.

  Maryvonne Arnaud