Les paysages fixes, stables, arrêtés n’existent pas. Le sédentaire et le définitif ne sont que des illusions d’optique ou de perception. Tout dans le paysage remue, tangue, chaloupe, bouscule, migre et se déplace…. Les paysages sont parcourus de vastes mouvements imperceptibles – la dérive des étoiles, la fonte des glaciers ou la migration silencieuse des plantes et des forêts testant sans cesse les sols, les vents dominants et les expositions. Les paysages sont aussi témoins des migrations et transhumances qui caractérisent l’ensemble du règne animal, de l’hirondelle à l’anguille, une formidable pulsion qui déplace le vivant à la surface du globe sans boussoles ou système de géolocalisation embarqué. Chacun de ces étonnants voyageurs emporte au long cours des fientes gorgées de graines, des bactéries exogènes et des mélopées renouvelées qui refondent les écosystèmes et nos imaginaires. Les dynamiques du paysage sont encore constituées d’accélérations inattendues : avalanche, tonnerre ou tempête. Le paysage reprend alors toute sa place, une sauvagerie abrupte qui nous déborde et s’impose au-delà du temps de l’espèce humaine.

Mais les paysages sont surtout reconfigurés par les activités et les circulations humaines. Notre expérience quotidienne du paysage ne consiste que rarement à le contempler assis sur un banc, mais plus fréquemment à le traverser distraitement assis à 130 km/h. Aussi, à contrario de l’itinéraire trop bien tracé de la route principale nous projetant au plus vite vers une destination déterminée, cette saison 02 de paysage>paysage vous propose de cheminer disponible au hasard et à l’inattendu, attentif à toutes les rencontres, de déguster le temps qui passe, le temps qui change, d’oublier les certitudes ou les inquiétudes pour laisser la part belle à l’échappée.

La programmation de la saison 02 est conçue avec cette attention soutenue à l’enchevêtrement des mouvements qui trament les paysages et tendent le cours du monde, que chemineront les auteurs ou les artistes invités à l’occasion de cette nouvelle saison de paysage>paysages.

En voici les premiers temps forts :

Le paysage fait son cinéma, un film de films conçu par Agnès Bruckert accompagné d’un concert instantané de paysages avec Actuel remix, sur l’esplanade de la caserne de Bonne à Grenoble, le 21 décembre.

Atlas des déplacements, une exposition conçue par Guillaume Monsaingeon au Musée Hébert, avec des œuvres de Fernand Deligny, Christof Fink, Cécile Beau, Quadraten, Francis Limérat, Christo, Francis Alÿs, Hans Op de Beeck, Caroline Duchatelet, Nicolas Consuegra, Ymane Fakhir,Zineb Sedira, du 21 décembre au 21 mars 2018.

Herbier de trajectoires, avec l’exposition Graphies de déplacement de Mathias Poisson au VOG de Fontaine, du 7 décembre au 31 mars 2018.

Textures de montagnes, avec l’exposition Montagne défaite de Olivier de Sepibus au musée de l’Ancien Évêché de Grenoble, du 21 décembre au 21 mars 2018.