La Mer Égée reste celle d’Homère.
Cette fois-ci, il n’est pas question des vents d’Éole qui poussèrent Ulysse loin d’Ithaque.
Cette fois-ci, c’est la terre d’abordage qui refuse le débarquement et l’arrivée.
Cette fois-ci, le naufrage est une volonté terrestre.

Erri de Luca

Les canots se remplissent de passagers quand le bateau coule.
Ces canots se sont remplis parce que la terre a coulé.

Erri de Luca

 

La robe rose aux fines broderies épouse la forme des galets. Son éclat est un sourire de fusillé à l’encontre de l’anthracite du ciel qui le tient en joue. Il résistera un temps encore à l’offensive du sable et des embruns.

A côté de la robe, traîne un laisser-passer qu’on a glissé dans une pochette transparente. On le devine plein de bonne volonté, avec ses tampons, ses signatures et sa photo d’identité qui pourtant n’y auront pas suffi.

Car comme la vaguelette d’il y a un instant, la vie s’est retirée. Entre l’habit de fête que l’on a choisi d’emporter et de garder jusque là malgré tout et le cynisme des autographes arrachés aux offices obscurs, le cœur a renoncé.

Flairé l’antagonisme définitif.

Pris la mesure du désespoir porté par l’asymptote du chemin.

Cessé de battre.

Antoine Choplin

Article paru dans le petit Bulletin du 25 Avril 2017

Le plaidoyer pour l’humanité de Maryvonne Arnaud

Comment aborder la crise migratoire avec justesse ? La photographe grenobloise Maryvonne Arnaud prend le problème à bras le corps pour un « Mauvais temps » qui se décline aussi en installation et en vidéo, avec une justesse renversante. Une exposition forte à découvrir à la Bibliothèque centre-ville de Grenoble.
LE VENDREDI 21 AVRIL 2017 PAR CHARLINE CORUBOLO

Le plaidoyer pour l’humanité de Maryvonne Arnaud

Crédit Photo : Charline Corubolo

Mauvais temps

Installation de Maryvonne Arnaud
Bibliothèque Centre Ville 10 rue de la République Grenoble

Jusqu’au 6 mai 2017

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Dire que l’ère est viciée, que l’air du temps est mauvais est un euphémisme en ce début de XXIe siècle. Entre les discours excluants et les images venant du terrain, il est difficile de trouver le recul adéquat pour aborder la crise migratoire actuelle. Mais leMauvais temps de Maryvonne Arnaud, qui se déploie actuellement à la Bibliothèque centre-ville, le fait avec authenticité et pudeur. Photographies, installation et vidéo agissent de manière percutante sur la conscience, notamment grâce à la finesse de la scénographie.

Suite à de multiples voyages à Athènes, Idoméni mais aussi sur les îles de Lesbos et de Chios où arrivent par vagues des migrants de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak ou encore d’Iran, l’artiste grenobloise a composé un carnet de mer visuel où le renversement d’échelle met le spectateur face à ses responsabilités, où le manque de recul pousse à la réflexion, où les gilets de sauvetage échoués sur les plages remplacent les corps.

Des scènes fortes desquelles émerge l’espoir sur un visage souriant à travers la grisaille, malgré les mots de l’auteur italien Erri De Luca mis en voix sur les images de la photographe « Ils séparent les morts des vivants, voici la récolte de la mer. » Et voici le plaidoyer photographique de Maryvonne Arnaud pour l’humanité, pour l’éveil de nos consciences.

Mauvais temps
À la Bibliothèque du centre-ville jusqu’au samedi 6 mai