Paysage > paysages

paysage>paysages est un événement original d’un type nouveau, présenté sur les 7 431 kilomètres carrés du département de l’Isère durant les 3 mois de l’automne 2016.

Il est porté par le Département de l’Isère, sur une proposition artistique de Laboratoire.

paysage>paysages est un programme associant une multiplicité d’acteurs provenant de la culture, du patrimoine, de la nature, de l’aménagement du territoire, de l’éducation, de la recherche, de l’enseignement supérieur, de la mobilité, du tourisme, ….

En s’appuyant sur les qualités évidentes des paysages de l’Isère, notre objectif est de développer et partager un nouvel imaginaire territorial. Car à l’heure d’une mondialisation amplifiant les standardisations techniques et l’uniformisation des modes de vie, des spécificités demeurent qui ne sont ni des crispations d’identité, ni des traces mémorielles. Ce sont nos trajectoires dans ce milieu particulier qui forment patrimoine et dont nous voulons explorer le récit en associant des initiatives artistiques innovantes et des formes collaboratives et ludiques ouvertes au plus grand nombre.

Dans son étude récente pour la Datar, le philosophe et sociologue Bruno Latour décrit cette actualité : notre cadre spatio-temporel est devenu intenable. C’est une transformation de tous les lieux, de tous les territoires, qui subissent chaque fois différemment les mêmes effets de désorientation par la découverte de dépendances mondiales et d’attachements imprévus. Il y a au coeur même de l’idée de territoire une contradiction qu’il faut clarifier si l’on veut pouvoir renouer le territoire réel avec des représentations crédibles et rassurantes. (…) Peut-on rendre à nouveau habitables, c’est-à-dire habituelles et même confortables, rassurantes, familières de telles variations dans notre nouveau cadre spatio-temporel?

En ce sens, paysage>paysages doit rendre confortable et explicite notre territoire proche, générer de nouvelles représentations, traduire des usages inconnus, anticiper des pratiques, faire de ce territoire notre bien commun.

De nombreux artistes et auteurs, de toutes disciplines interviennent dans les 7431 Km2 du département. Voici quelques exemples parmi les 160 rendez-vous programmés :

Chris Kenny « au milieu de nul part » au Musée Hébert de La Tronche du 16 septembre au 30 avril 2017,

www.Chris kenny

Yann de Fareins « l’Isère, à la limite » dans la cour du musée de l’Ancien Évéché à Grenoble du 16 septembre au 15 décembre 2016,

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– Henry Torgue « concert de paysages » au Théâtre antique de Vienne et à la MC2 de Grenoble les 17 et 18 septembre 2016

– Mathieu Pernot « paysages habités » dans le Hall de MC2 du 16 septembre au 17 décembre 2016,

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ainsi que « le grand ensemble » à la Maison de l’architecture du 8 novembre au 16 décembre 2016,

www-MP-Le meilleur des mondes

– Daniel Bougnoux, Patrick Chamoiseau, Christian Garcin, François Jullien, Jacques Lacarrière, Marie-Hélène Lafon, Céline Minard, Alain Roger, « Le Paysage : mots pour mots «  , une proposition de Philippe Mouillon, au musée de Grenoble du 16 septembre au 16 octobre 2016

www-mots pour mot

– Jeremy Wood « true places » au Vog de Fontaine du 5 octobre au 5 novembre 2016

– Ingrid Saumur « courbure du Drac et de l’Isère «  à la maison de l’architecture du 6 octobre au 4 novembre 2016

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Pour en savoir plus et découvrir jour par jour tout le programme : paysage-paysages.fr 

Les Enquêtes de paysages

Inspirée des Ateliers-monde, la première session des Enquêtes de paysages intitulée Quatre siècles de paysages numériques ? s’est tenue le mercredi 21 octobre 2015 au Musée de Grenoble, à l’occasion de l’exposition paysages-in-situ , présentée au Musée de Grenoble et au Musée Hébert du 19 septembre au 2 novembre 2015, et prolongée jusqu’au 18 janvier 2016.

en présence de : François Jullien (philosophe et sinologue), Guy Tosatto (directeur et conservateur en chef au Musée de Grenoble), Laurence Huault-Nesme (historienne de l’art, directrice du Musée Hébert), Jean Guibal (directeur et conservateur en chef au Musée Dauphinois), Daniel Bougnoux (philosophe), Michael Jakob (historien et théoricien du paysage), Maryvonne Arnaud (artiste), Philippe Marin (designer numérique, docteur en science de l’architecture), Joël Candau (anthropologue), Guillaume Monsaingeon (philosophe et commissaire d’exposition), Alain Faure (politiste), Henry Torgue (sociologue, compositeur), Luc Gwiazdzinski (géographe, directeur de l’Institut de Géographie Alpine), Philippe Mouillon (artiste)…

Animée par Chloë Vidal (philosophe et géographe), cette première Enquête de paysages propose de renouveler notre regard sur le paysage, de se demander « ce qui a fait paysage » à l’heure de la vie numérique,

paysage numérique  extrait de paysages-in-situ (2015) latitude : 45,182 / longitude : 5,696

 

En préambule à ce séminaire, le cinéma Le Méliès à Grenoble, a présenté en avant-première le dernier film de Patricio Guzman, Le bouton de Nacre. La séance, introduite par Bruno Thivillier, directeur du cinéma Le Méliès, est suivie d’une conversation entre Patricio Guzman, Yves Citton (philosophe, professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université Stendhal de Grenoble 3) et Philippe Mouillon. 

Ce film mêle à merveille poésie et politique en utilisant la nature de façon étonnante et magique : on y trouve des paysages peuplés d’immenses glaciers silencieux qui côtoient des fjords majestueux –témoins immuables du passé, mais aussi des océans tourmentés et des planètes perdues dans l’infini des cieux étoilés. Ces images d’une nature sauvage et primitive, filmée comme celle d’une planète oubliée qui serait presque intacte et vierge, nous renvoient à un monde des origines où, peu à peu, au travers des photos en noir et blanc d’Indiens « fueguinos », émergent les visages méconnus du peuple qui manque.

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Martin Gusinde « Esprits du rituel Hain »   photographie (entre 1918 et 1924)

« Ces indigènes habitaient depuis des milliers d’années en Patagonie. Ils appartenaient à plusieurs groupes (les haush, kawéskar, et sélknam) et ils parlaient des langues mystérieuses. Ils étaient des nomades de l’eau. Ils se déplaçaient en canoë d’île en île, guidés par les étoiles »  Patricio Guzman

Puis François Jullien développe à l’auditorium du musée de Grenoble une conférence animée par Daniel Bougnoux et intitulée « Vivre de paysages » : « Le paysage est une ressource à la portée de tous car elle n’implique pas d’apprentissage. Dès lors qu’il y a mise en tension, corrélation, singularisation, il y a paysage. Le fait que le paysage soit local et fasse monde, soit porté par une totalité, c’est important pour le sujet ; le paysage ouvre le local sur son dépassement, c’est un tout du monde ; c’est essentiel à l’expérience contemporaine. » 

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Gustave Doré « Lac en Écosse après l’orage » peinture sur toile (1875 – 1878) Collection Musée de Grenoble

 « En quoi un paysage est-il donc exemplaire de la diversité à promouvoir dans le monde à venir ? Mais d’abord en ce qu’il fait paysage, si ce n’est précisément que l’on passe de l’extension morne – uniforme – de l’espace à l’intensité d’un lieu ? Car plus il crée de diversité et, partant, de tension, plus un paysage s’actualise : un paysage est cet extensif. C’est donc exemplairement qu’un paysage fait passer de la connaissance à la connivence, il fait basculer dans l’intime et la complicité, nous habitant en même temps que nous l’habitons. Qui ne sait combien un paysage est ressource ? Qu’on y puise indéfiniment. Que, par sa tension, il nous réactive et nous harmonise à la fois ? » François Jullien

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Guo Xi « Début de printemps » Encre et couleurs légères sur soie (1072) Collection musée de Taipei

« Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté…A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n’existèrent qu’au jour où l’art les inventa. » 

Oscar Wilde Le déclin du mensonge (1928 page 56)

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Où se trouvait l’artiste quand il a peint ou photographié ce paysage ? C’est l’énigme que vous invite à résoudre un jeu mis en ligne sur le site www.paysages-in-situ.net, ou disponible gratuitement en téléchargeant l’application paysages-in-situ compatible avec tous les types de smartphones. Ce jeu vous propose de choisir une œuvre parmi quelques 300 peintures et photographies de paysages de l’Isère issues des collections du Musée de Grenoble, du musée Hébert de La Tronche, du musée dauphinois et de la bibliothèque d’études de Grenoble. Il consiste à retrouver la position exacte où se tenait l’artiste lorsqu’il a peint ou photographié ce paysage, et vous invite à réaliser à partir de ce point de vue une réplique en photographie ou en dessin ou avec un logiciel de cartographie numérique comme Street view.

Les meilleures interprétations sont exposées à l’occasion des Journées du Patrimoine du 19 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au Musée de Grenoble et au musée Hébert de La Tronche. Puis à l’automne 2016, des bancs seront installés sur chacun de ces sites géolocalisés grâce à vos réponses, l’application paysages-in-situ vous permettra alors de comprendre la démarche des artistes et de découvrir les répliques de tous les participants.

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Comment raffiner nos perceptions ?

Tout semble clair et limpide dans le paysage, et pourtant tout est étrange dans cette notion quand on s’y attarde. On ne regarde sans doute pas le paysage aujourd’hui comme on le regardait autrefois, lorsque les individus étaient majoritairement des ouvriers de la terre, pasteurs ou laboureurs, ni même plus récemment lorsque notre rapport quotidien au monde extérieur ne transitait pas encore si fréquemment par l’écran d’ordinateur ou de téléphone mobile.

Ce mot « paysage » est apparu tardivement dans les principales langues européennes et sensiblement à la même époque (vers 1510), comme si pendant très longtemps les femmes et les hommes qui ont habité et pratiqué le territoire avant nous n’avaient pas ressenti le besoin de nommer ce lointain des environs. Le mot est employé pour la première fois en Europe plusieurs années après l’apparition des premières peintures de paysage (réalisées aux alentours de 1495), et le mot « paysage » traduit d’abord une représentation peinte avant de devenir une « portion de nature qui s’offre à la vue de l’observateur», selon la définition du dictionnaire Le Robert. Cette définition est, elle aussi, étrange car elle suppose l’extériorité du spectateur, c’est-à-dire le face à face entre de la nature offerte, et un observateur retiré du paysage, sur lequel il apporte un point de vue, qu’il observe sans s’y inscrire. Sommes nous si sûr de ne pas être inscrit dans l‘écosystème du milieu que nous observons ?

Paysages-in-situ tente d’aiguiser notre attention individuelle portée au paysage, et de raffiner nos perceptions collectives en les échangeant, en comparant celles des uns avec celles des autres – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes…. Il s’agit, en quelque sorte, de contribuer par le jeu à rendre chacun d’entre nous virtuose en paysage.

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Vue prise à Saint-Egrève, près de Grenoble, Jean Achard, 1884, huile sur toile 147 x 229 cm (collection Musée de Grenoble)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation du processus :  

Paysages-in-situ est un jeu à portée de tous et offert à tous – marcheurs infatigables ou contemplatifs postés à la fenêtre, habitants de longue date ou touristes de passage, natifs d’ici ou héritiers d’autres paysages, cueilleurs de champignon ou photographes….

Paysages-in-situ est une invitation : invitation à découvrir, observer et comparer les œuvres conservées dans les musées de la région grenobloise, puis à les localiser en allant vérifier dans le paysage réel l’emplacement où se tenait l’artiste, il y a 150 ans, alors que tout a changé dans cet environnement et que le peintre avait sans doute déjà trié et composé à l’époque entre le beau et le laid, le lumineux et le clair-obscur, le fragile et le grotesque.

Environs 200 peintures et 100 photographies anciennes sur plaques de verre composent ce jeu de paysages. Elles sont assez peu présentées au public (10% seulement des œuvres sélectionnées sont issues des expositions permanentes). Il s’agit d’oeuvres provenant des collections du musée de Grenoble, du musée Hébert, du musée Dauphinois, ou de la Bibliothèque de Grenoble, et représentant des paysages appartenant à notre territoire alpin proche.

Ce jeu de paysages invite ensuite chacun à composer une réplique de la vue originelle à l’aide de tous les outils disponibles, des plus nouveaux, comme ceux de la cartographie numérique, aux plus classiques comme le crayon ou la photographie. Nous ne sommes pas si loin des copies exécutées par les amateurs dans les musées de la fin du XIX siècle. Mais là où l’approche par la copie est vécue aujourd’hui comme une discipline asservissante, notre proposition d’interprétation du paysage à l’aide de tous les outils accessibles permet d’associer sans réserve tous les publics, celui des jeux vidéo, des réseaux sociaux, des imageries de synthèse, de la cartographie numérique, de la photographie, du dessin, de l’écriture…. Ce choix pragmatique permet de croiser les esthétiques en créant des tensions dynamiques.

(Réplique de la peinture de jean Achard (1884) par Christian Rau situant l’emplacement à 45,245 de latitude et 5,686 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Réplique de l’huile originale d’Ernest Victor Hareux (1892) par Andréa Bosio situant l’emplacement à 45,182 de latitude et 5,774 de longitude)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paysages-in-situ offre ensuite à tous d’exposer publiquement sa réponse, lors d’une double exposition du 17 septembre 2015 au 18 janvier 2016, au musée de Grenoble et au musée Hébert.

Puis à l’automne 2016 chacun pourra venir s’asseoir sur un banc implanté très précisément grâce à la qualité des localisations issues du processus collaboratif, et pourra consulter sur sa tablette ou sur son téléphone toutes les informations disponibles sur cette œuvre et découvrir les répliques inventées par les participants.

Nous pouvons imaginer des situations où le banc trouvera facilement sa place dans le site, favorisant le va et vient entre le passé et le présent, entre le paysage saisi dans l’oeuvre originale et le paysage d’aujourd’hui. Mais il est probable que certains sites se révéleront si bouleversés que l’inscription physique d’un banc à cet emplacement précis apparaîtra étrange, incongru, ou sera simplement impossible. Cet aléa ouvrira un nouvel espace dynamique de réflexion collective sur la condition contemporaine de notre environnement quotidien.

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

 

 

 

 

 

 

 

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Le mur des controverses de paysages-in-situ, au musée de Grenoble (octobre 2015)

Paysages-in-situ est une proposition de Laboratoire, réalisée en partenariat avec > le musée de Grenoble > le musée Dauphinois > le musée Hébert > la Bibliothèque municipale de Grenoble > le musée de l’Ancien Evéché, la Maison de la Nature et de l’Environnement > Grenoble Office de Tourisme > le CAUE de l’Isère > le Méliès > le Laboratoire de recherche CNRS-PACTE > l’Éducation Nationale (DSDEN de l’Isère et DAAC). En partenariat média avec le Dauphiné Libéré, le Petit-Bulletin et France 3 Alpes.
Paysages-in-situ, dispositif d’innovations populaires autour des paysages, est réalisé avec les soutiens > de la région Rhône-Alpes > de Grenoble-Alpes-Métropole > du Département de l’Isère > de la ville de Grenoble > du Ministère de la Culture et de la Communication, dans le cadre des appels à projets numériques culturels innovants > de la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes, au titre de son programme 2015 sur les humanités numériques > de l’UMR LITT&ARTS de l’université Grenoble-Alpes et du CNRS au titre du programme AGIR-PEPS “Écologie des médias”.